La victoire et la paix au cœur
Cette période est toujours chargée de sens et de puissance. Nous venons de célébrer Pourim et, cette année particulièrement, avec un éclat incomparable. Et nous nous dirigeons vers le mois de Nissan dont le nom seul évoque déjà, en hébreu, la notion de miracle et qui nous conduit au jour fondateur de la liberté, celui de la sortie d’Egypte, avec Pessa’h. Ce temps est, dans la tradition, essentiel d’année en année. C’est bien plus que de rappels historiques qui nous ramèneraient dans l’Egypte ou la Perse antique qu’il s’agit. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de relire ces événements au présent.
Dans le monde où nous vivons, où bien souvent, c’est le chaos qui semble être le principal gagnant, la proximité des fêtes de Pourim et de Pessa’h nous rappelle qu’il existe un ordre et une harmonie éternels. Elles nous disent aussi qu’au-delà des considérations géopolitiques et des indignations de commande, des notions anciennes comme le bien, le mal, la justice sont d’actualité et qu’elles permettent de mériter le beau titre d’êtres humains. C’est qu’il peut se faire que, dans le fracas de la guerre, on en oublie de regarder les choses avec cette attention que réclame tout ce qui touche à la vie et à l’homme.
Alors, il faut conserver cette perspective car de tels combats ne se remportent pas seulement sur le plan matériel. Créatures de D.ieu, constitués à ce titre d’un aspect physique et aussi d’une dimension spirituelle, c’est sur ces deux plans qu’il nous faut lutter. Certes, la guerre, au sens littéral, hélas existe. Et chacun souhaite qu’elle cesse aussi vite que possible pour des lendemains meilleurs mais la lutte spirituelle se poursuit et peut-être est-ce aussi dans notre cœur et notre esprit que se joue le sort des batailles.
Après Pourim et en nous préparant à Pessa’h, nous avons cette tâche : faire que le Bien l’emporte en nous, dans notre vie quotidienne, dans la totalité de nos actes. C’est ainsi que chacun détient une véritable clé, celle du bonheur et de la victoire ultimes : la venue de Machia’h.
Michkane / Machkone
Analysant la destruction du Temple de Jérusalem, les Sages ont souligné que celui-ci n’a pas été retiré définitivement au Peuple juif. D.ieu l’a pris comme « Machkone », en gage. C’est ce qu’indique le verset (Ex. 38 : 21) : « Voici les comptes du Michkane, le Michkane du témoignage ». Le mot « Michkane » - Sanctuaire - est ici dit deux fois de suite. Cette répétition n’est, bien entendu, pas le fait d’un hasard de formulation. Les commentateurs relèvent que ces deux mots font respectivement référence au deux Temples détruits qui ont été pris en « gage » comme l’indique la parenté étymologique entre « Michkane – Sanctuaire » et « Machkone – gage ».
Selon la loi juive, celui qui prend un bien en gage a l’obligation d’y veiller avec soin et de le restituer entier à son propriétaire le moment venu. Il en ressort que, quand le troisième Temple sera construit, avec la venue de Machia’h, il inclura toutes les qualités du premier et du second Temple.
(D’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch
Chabbat Parachat Michpatim 5752)
Vayakhel
Moché réunit le peuple d’Israël et réitère le commandement d’observer le Chabbat. Il transmet alors les instructions de D.ieu concernant la construction du Michkane (le Tabernacle). Le peuple fait don, en abondance, des matériaux requis, apportant de l’or, de l’argent et du cuivre, de la laine teinte en bleu, violet et pourpre, des poils de chèvre, du lin tissé, des peaux de bête, de la laine, du bois, de l’huile d’olive, des herbes et des pierres précieuses. Moché doit leur demander de cesser leurs dons.
Une équipe d’artisans au cœur sage construit le Michkane et son mobilier (comme cela a été décrit dans les Parachiot précédentes : Teroumah, Tetsavé et Ki Tissa) : trois couches pour les couvertures du toit, 48 panneaux muraux plaqués d’or et 100 socles d’argent pour les fondations, le Parokhèt (voile) qui sépare les deux chambres du Sanctuaire et le Massakh (rideau) pour le devant, l’Arche et son couvercle avec les Chérubins, la Table et ses Pains de Présentation, la Menorah à sept branches avec son huile tout spécialement préparée, l’autel d’or et les encens qui y sont brûlés, l’huile d’onction, l’autel extérieur pour les offrandes que l’on doit brûler et tout son équipement, les cintres, les poteaux et les socles de fondation pour la cour et enfin le bassin et son piédestal, fait de miroirs de cuivre.
Pekoudé
L’on procède au décompte de l’or, l’argent et le cuivre donnés par le peuple pour la fabrication du Michkane. Betsalel, Aholiav et leurs assistants fabriquent les huit habits sacerdotaux : le tablier, le pectoral, le manteau, la tunique, la couronne, le chapeau, la ceinture et les pantalons, selon les instructions communiquées par Moché dans la Paracha Tétsavé.
Le Michkane est achevé et tous ses composants sont présentés à Moché qui l’érige et l’oint avec la sainte huile d’onction. Il initie à la prêtrise Aharon et ses quatre fils. Une nuée apparaît au-dessus du Michkane, signifiant que la Présence Divine est venue y résider.
Collectivité et individualité
Chaque année, la Parachat Ha’Hodech (une Paracha supplémentaire) est lue le Chabbat précédant (ou coïncidant avec) Roch ‘Hodech Nissan. Cependant, la Paracha hebdomadaire de la Torah varie d’une année à l’autre. Cette année, deux portions sont lues conjointement : Vayakhel et Pekoudé. Toutes deux traitent de la construction effective du Tabernacle dans le désert. Cette thématique correspond également à celle de Roch ‘Hodech Nissan, jour où le Tabernacle fut érigé. Ainsi, on observe une mise en exergue de Roch ‘Hodech Nissan tant dans la portion hebdomadaire que dans la portion spéciale qu’est la Parachat Ha’Hodech.
L’objectif principal ne se limite toutefois pas à un simple commentaire de la Torah, mais vise plutôt à en extraire des enseignements pratiques susceptibles d’améliorer nos comportements. L’action dans ce monde matériel revêt une importance capitale puisqu’elle constitue en réalité la raison même de la création de ce monde physique : permettre à D.ieu d’avoir une demeure ici-bas.
La leçon pratique qui s’en dégage repose sur le fait que Roch ‘Hodech Nissan symbolise le moment propice à la Rédemption. Nos Sages affirment que « lorsque D.ieu créa le monde, Il établit les débuts de mois et les années ; lorsqu’Il choisit Yaakov et ses fils, Il institua le Roch ‘Hodech de la Rédemption [Nissan] - lors de leur délivrance [en Égypte] ainsi que lors de leur future délivrance ».
Par conséquent, cette période doit susciter une agitation intense relative à la Rédemption. Celle-ci comporte deux aspects essentiels : a) reconnaître que le temps du Machia’h est assurément arrivé ; b) affirmer que cette Rédemption doit être concrète et matérielle, et non uniquement spirituelle.
Chabbat Parachat Vayakhel-Pekoudé, Parachat Ha’Hodech,
Mevare’him Ha’Hodech Nissan, 5747 (1987)
Si Vayakhel et Pekoudé sont combinées en une seule lecture, ce n’est pas un hasard car tout est régi par la Providence Divine. Le calendrier fixé par Hillel apporte des enseignements relatifs au service divin.
Ainsi, il convient de tirer des leçons spécifiques de Vayakhel seul ainsi que de Pekoudé seul, ainsi que de leur union sous forme de Vayakhel-Pekoudé. Lorsque deux Parachiot sont réunies, elles forment une unité indivisible. Dès lors, toute la semaine est placée sous l’égide de Vayakhel-Pekoudé et un enseignement particulier doit être déduit de cette réunion.
La Paracha Vayakhel enseigne que « rassembler » signifie unir la communauté pour former un « Kahal », c’est-à-dire une congrégation unique issue d’individus multiples.
La leçon est simple. Vu l’existence des différentes catégories au sein du Peuple juif - allant de « vos chefs des tribus » à « vos bûcherons et vos porteurs d’eau », un simple Juif pourrait penser qu’il lui est impossible, à lui appartenant à l’une des catégories les plus humbles, de s’unir avec les plus élevés, « les têtes de vos tribus ».
La Paracha Vayakhel nous enseigne que malgré ces différences, tous les Juifs peuvent s’unir.
Par ailleurs, ceux qui se situent dans les sphères plus élevées doivent savoir qu’ils doivent s’unir avec les plus modestes pour constituer une congrégation unique.
Cette leçon dépasse le cadre de la semaine au cours de laquelle Vayakhel est lue et s’applique à l’année entière puisque tous les enseignements de la Torah sont éternels. Toutefois, la période durant laquelle on lit Vayakhel offre une occasion privilégiée pour incarner cette unité entre Juifs et prolonger cette force sur l’ensemble de l’année.
Pekoudé rappelle que chaque Juif possède sa propre existence individuelle. Lorsqu’un Juif évalue sa valeur personnelle, il peut sembler supérieur ou inférieur à autrui. Néanmoins, Pekoudé affirme que chaque personne a son mérite intrinsèque et compte équitablement parmi ses semblables - ni plus ni moins.
Ainsi, bien que Vayakhel et Pekoudé abordent un thème commun relatif à l’identité collective et individuelle du Peuple juif, ils se présentent comme opposés : Vayakhel illustre comment plusieurs deviennent un tandis que Pekoudé insiste sur le maintien du caractère individuel au sein du collectif.
Les enseignements respectifs tirés de ces deux Parachiot reflètent également cette dualité : l’une met en lumière l’unité des Juifs en une entité tandis que l’autre valorise l’importance singulière de chaque individu. Un Juif pourrait donc penser qu’il lui est impossible d’incarner simultanément ces deux principes contradictoires. Or leur jonction dans Vayakhel-Pekoudé démontre qu’il est possible pour chaque Juif d’accomplir ces deux dimensions en même temps.
Chabbat Parachat Vayakhel-Pekoudé, Parachat Ha’Hodech, 27 Adar, 5743 (1983)
Qu’est-ce que la Matsa Chmourah ?
En hébreu, « Chmourah » signifie « gardée » et ce terme décrit parfaitement ce qu’est cette Matsa. La farine utilisée pour sa fabrication est gardée, protégée de tout contact avec de l’eau, depuis le moment de la moisson. En effet, si elle venait à être mouillée, elle pourrait lever et devenir impropre à la consommation pendant Pessa’h.
Ces Matsot sont rondes, pétries à la main et ressemblent à celles que les enfants d’Israël consommèrent lorsqu’ils quittèrent l’Egypte. Elles sont cuites en moins de dix-huit minutes sous stricte surveillance rabbinique, afin de s’assurer qu’elles ne puissent en aucune façon augmenter de volume et devenir levain pendant la fabrication. La Matsa Chmourah doit être utilisée pendant les deux nuits du Séder, c’est-à-dire mercredi soir 1er avril et jeudi soir 2 avril 2026, en particulier pour les trois Matsot posées sur le plateau. Chaque convive à la table du Séder mangera de la Matsa Chmourah. Certains ont la coutume d’en consommer pendant toute la fête.
Le Zohar appelle la Matsa Chmourah : l’aliment de la Foi et l’aliment de la Guérison.
Il n’est pas nécessaire d’avoir terminé son ménage de Pessa’h pour acheter les Matsot ; il suffira de les stocker à l’abri de tout ‘Hamets et de toute humidité.
F.L. (d’après Chéva’h Hamoadim – Rav Shmuel Hurwitz)
Un souvenir de Maman
Maxime Rabinovich (nom d’emprunt pour préserver sa vie privée) était un pilier de notre communauté à Moscou. Il savait utiliser sa richesse et son réseau d’influence pour nous aider à gérer notre Beth ‘Habad : il avait compris que si D.ieu lui avait donné de l’argent, c’était pour bien s’en servir et, en particulier, pour aider les œuvres éducatives et sociales juives. Quand il se fiança, ce fut toute la communauté qui se réjouit et qui attendit avec impatience ce mariage.
Quelques semaines avant la cérémonie, nous avons procédé aux vérifications d’usage des documents d’état-civil des deux fiancés : il était évidemment primordial de s’assurer de leur filiation.
Tout semblait en ordre mais je commençai à m’inquiéter sérieusement quand je tombai sur un papier en particulier. Voyez-vous, Maxime avait perdu sa mère alors qu’il n’était encore qu’un nourrisson et avait été adopté par des membres de sa famille. Il nous manquait donc un élément essentiel : l’identité de sa mère biologique.
Au début, Maxime traita le sujet à la légère, ce n’était que de la paperasse, une formalité mais je lui expliquai avec autant de tact que possible qu’il était absolument nécessaire de pouvoir vérifier ce « détail ». On était à quelques jours du mariage et la tension était palpable. Maxime comprenait tout à coup l’enjeu que cela représentait et je ne savais plus vers où me tourner.
Après des recherches frénétiques et en faisant intervenir de nombreuses personnalités haut placées, Maxime put avoir accès à des archives normalement non-accessibles au public et parvint à retrouver le document original attestant sa naissance. Il avait été rédigé par sa mère biologique et portait les informations nécessaires : l’heure et le jour de sa naissance, avec, au bas de la page, la signature de sa mère qu’il n’avait pratiquement pas connue.
Peu avant le mariage, Maxime me confia : « Au début, j’étais contrarié quand j’ai compris que, pour vous, ces informations étaient si importantes. Mais je suis si content que vous ayez insisté et persisté pour récupérer ce document !
Voyez-vous, j’étais très jeune quand j’ai perdu ma mère et je n’ai pratiquement aucune trace, aucun souvenir d’elle. Mais quand j’ai vu son écriture manuscrite et sa signature, ce fut pour moi comme un salut de sa part juste avant mon mariage et, à vrai dire, mon plus beau cadeau : un véritable souvenir de Maman ! Je chérirai ce document pour toujours ! ».
Rav Yanky Klein – Moscou
COLlive
Traduit par Feiga Lubecki