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Samedi, 4 juillet 2026

  • Pin’has
Editorial

A qui se fier ?

Ne pas savoir de quoi est fait le lendemain, s’inquiéter des événements qui peuvent survenir, souvent abruptement, n’est-ce pas le tissu général de la vie humaine ? Il en est ainsi des individus comme des peuples ou des nations. Savoir, prévoir est sans doute le rêve de tout homme. Dans l’incapacité de satisfaire ce désir si compréhensible et d’effacer ainsi l’inquiétude du monde, il est toujours tentant de s’appuyer sur sa propre force, d’avoir une confiance en soi si affirmée qu’elle efface la conscience de tout ce qui pourrait ressembler à une menace. Mais il peut également se faire que l’on ne détienne pas une telle force, matérielle et morale, qui prévienne toutes les craintes et les faiblesses. Alors, reste un refuge : s’appuyer sur plus puissant que soi, faire confiance à l’allié qui viendra toujours soutenir et sauver du danger.

Le Peuple juif a une bien longue histoire et celle-ci fut traversée par bien des péripéties. Il eut parfois des compagnons de route, amis d’un temps, qui, le plus souvent, finirent par l’abandonner. De siècle en siècle, ce schéma se reproduisit, comme si cela faisait partie d’une sorte de règle de la création, comme s’il fallait chercher un autre chemin pour parvenir enfin à la sérénité espérée. C’est que cet autre chemin existe. Il s’exprime en un verset célèbre : « Il ne dort ni ne sommeille le Gardien d’Israël. » De fait, force est de constater que l’histoire juive ne peut jamais être réduite à l’affrontement des empires, même si elle s’inscrit dans ce contexte. C’est que confier son destin au soutien des hommes n’a jamais pu constituer une assurance en soi. Pour cette raison, le verset cité a toujours résonné dans le cœur et l’esprit de chacun et sans doute est-ce à cette vision que nous devons notre existence maintenue en dépit de tout.

Nous vivons un temps où cette idée ancienne garde toute sa jeunesse et sa pertinence tant sur le plan collectif qu’individuel. Les enseignements du passé en soulignent la validité, nous portant dans un au-delà de l’histoire où le « Gardien d’Israël » est la source de notre confiance et le socle de notre vie.

Etincelles de Machiah

Le prophète Elie

Le prophète Malachie annonce (3: 22) : « Je vous enverrai le prophète Elie avant que vienne le grand et terrible jour de D.ieu ». En d’autres termes, c’est Elie qui sera chargé de faire savoir que Machia’h arrive. Quel est donc le rapport particulier entre lui et cet événement ?

Il nous est rapporté que le prophète Elie raffina son corps à tel point que, lorsqu’il quitta ce monde, son corps s’éleva également dans le ciel dans une colonne de feu. Un tel état de spiritualisation parfaite est précisément caractéristique de la Délivrance car, en ce nouveau temps, l’aspect physique de l’homme aura atteint ce même degré de parachèvement. Aussi « toute chair verra que la bouche de D.ieu a parlé » (Isaïe 40 : 5). C’est cela qu’incarne, d’ores et déjà, le prophète Elie.

(d’après Likouteï Si’hot, vol. II, p. 160)

Vivre avec la Paracha

Pin'has

Le petit-fils d’Aharon, Pin’has, est récompensé pour son acte zélé au cours duquel il a tué le prince Zimri, de la tribu de Chimon, et la princesse de Midian avec laquelle il avait gravement fauté. D.ieu lui accorde une alliance de paix et la prêtrise.

Un recensement du peuple dénombre 601 730 hommes de vingt à soixante ans.

Moché reçoit les instructions concernant le partage de la terre entre les tribus et les familles d’Israël, sous forme de tirage au sort.

Les cinq filles de Tsélof’had organisent une pétition où elles demandent à Moché le droit d’hériter de la terre de leur père, mort sans laisser de fils. D.ieu accepte leur demande et l’incorpore dans les lois d’héritage.

Moché désigne Yehochoua pour lui succéder et mener le peuple vers la Terre d’Israël.

La Paracha se conclut avec une liste détaillée des offrandes quotidiennes et des offrandes additionnelles apportées le Chabbat, Roch ‘Hodèch (le premier jour du mois) et lors des fêtes de Pessa’h, Chavouot, Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot et Chemini Atsérèt.

S'EXTIRPER DE L'ABÎME

Dans la Paracha de cette semaine, Pin’has, la Torah relate la manière dont D.ieu ordonna à Moché de procéder au recensement de la nation suite à la perte de 24 000 membres du Peuple juif. Ils avaient disparu lors d’une plaie causée par leur fréquentation des filles de Moav ainsi que de l'idolâtrie qui accompagna leur comportement immoral.

En indiquant les nombres des membres des douze tribus, la Torah souligne certains points de leur expérience dans le désert. En évoquant la tribu de Réouven, la Torah relate comment deux membres de cette lignée, Datan et Aviram, s'associèrent à la rébellion de Kora’h. La Torah ajoute alors : « La terre ouvrit sa bouche et les engloutit avec Kora’h, quand ce groupe périt, quand le feu détruisit deux cent cinquante hommes. Ainsi, ils devinrent un signe (« Ness »). Cependant, les fils de Kora’h ne périrent pas. »

Il apparaît quelque peu déconcertant que la Torah s'écarte de son analyse des descendants de Réouven pour mentionner l'association tragique de Datan et Aviram avec Kora’h, ainsi que la manière dont ils furent punis. D'autres rebelles et d'autres péchés commis par des membres des autres tribus existaient, et pourtant la Torah ne les répète pas dans le contexte du recensement. Pourquoi la Torah juge-t-elle nécessaire de réintroduire les transgressions de Datan et Aviram, de Kora’h et de ses acolytes ?

En second lieu, pour quelles raisons la Torah mentionne-t-elle Kora’h dans le contexte de Datan et Aviram ? C’est l’inverse qui aurait semblé pertinent : Datan et Aviram auraient dû être cités dans le contexte de Kora’h qui, lui, appartenait à la tribu de Lévi et non à celle de Réouven.

Une autre question se pose. Qu’essaie de nous enseigner la Torah lorsqu'elle stipule que les fils de Kora’h ne périrent point ? De quelle manière cet élément s'intègre-t-il dans la discussion relative à Réouven ?

Afin de répondre à ces interrogations, il convient d'examiner une autre anomalie présente dans la description que fait la Torah de l'engloutissement de Kora’h et de son entourage. Après avoir exposé leur châtiment (par la terre qui les engloutit et un feu qui les consuma), la Torah ajoute : « Ainsi, ils devinrent un signe ». Quelle est la signification de cette affirmation ? Rachi soutient que cela signifie qu'ils devinrent un signe et un rappel afin que nul n'ose contester la prêtrise.

Toutefois, une question peut être soulevée quant à l'usage du terme « Ness » pour désigner ce « signe ». Le mot « Ness » est habituellement employé pour qualifier un miracle ou un étendard. Il est exact qu'un miracle constitue un signe de la puissance divine et qu'un étendard sert de signe pour identifier la nationalité du navire qui le porte. La Torah aurait apparemment dû employer un terme plus simple pour exprimer l'idée de signe ou de commémoration, comme les mots « Ot » ou « Zikaron ». Dans la quasi-totalité des textes bibliques, la Torah emploie ces termes pour exprimer la notion de signe, et non le mot ici utilisé : « Ness ».

Certaines œuvres ‘hassidiques s’appuient, pour interpréter la Torah, sur une méthode désignée sous le terme de « Rémèz » (indices ou allusions), par laquelle les caractères alphabétiques acquièrent une dimension symbolique pour suggérer des idées qui ne sont pas manifestes dans la simple traduction ou compréhension littérale du mot.

Le terme « Ness » est constitué des deux lettres hébraïques : un « Noune » et un « Samèkh ». Selon les enseignements du Talmud et du Zohar, ces deux lettres constituent respectivement les initiales des termes « Nofel » (tombé) et « Somèkh » (élevant). Par conséquent, la signification résultant de la combinaison de ces deux lettres indique qu'un jour viendra où même ceux ayant connu une chute profonde seront élevés par D.ieu. Dans notre contexte, cela signifie que même Kora’h, qui incarnait l'idée d'un individu ayant chuté, tant au sens propre qu'au sens figuré, sera, lors de l'Ère du Machia’h, transformé et ainsi, élevé et réhabilité.

Nous pouvons dès lors saisir la raison pour laquelle la Torah utilise les termes : « ils devinrent un signe (Ness) ». Ce recensement se produisit, comme cela a été mentionné précédemment, à la suite de la tragédie ayant frappé le Peuple juif lorsqu'il « tomba » au summum de la dépravation. Ils fréquentèrent les femmes de mauvaise vie, moavites et midianites et se livrèrent au culte de leurs idoles. Ils tombèrent au fond de la dégénérescence morale et spirituelle, manifestant ainsi la chute ultime vers le niveau le plus bas de l'infidélité envers D.ieu.

Cette débâcle tragique soulève une question sérieuse : comment une rédemption peut-elle être envisageable pour ces âmes ? Cette interrogation ne concerne pas exclusivement la génération de Moché et Pin’has, mais peut également être formulée pour l'ensemble des générations suivantes ayant partagé une part d’infidélité et de dégradation. Existe-t-il un espoir pour eux ainsi que pour nous ?

La réponse est donc formulée dans la discussion concernant la toute première tribu : la tribu de Réouven. Ceux qui personnifient et incarnent l'idée d'une chute, car peu d'individus ayant atteint un degré d’importance comparable à celui de Kora’h et ayant subi une déchéance d'une telle intensité, connaîtront, en dernier ressort, une résurrection et un rayonnement.

Ceci constitue un message d'une grande puissance pour notre génération en particulier. Dans la Kabbale, l'intégralité des générations juives, depuis Avraham jusqu'à l'époque contemporaine, est considérée comme une structure organique et complète. Avraham et Moché sont assimilés à la tête, tandis que la génération ultime, vivant dans la période de la fin de l'exil, est comparée à un pied.

L’on peut utiliser une autre métaphore en assimilant nos Patriarches ainsi que d'autres personnages éminents, comme Moché et Pin’has, aux sommets montagneux les plus élevés (en effet, dans la Paracha de la semaine dernière, Bilaam désigne les Patriarches comme des montagnes). La génération finale de l'exil, notre génération, peut être comparée à la vallée. L'exil, et plus particulièrement la phase finale de celui-ci, a fait l'objet d'une description métaphorique en tant que structure « déchue » du Peuple juif, lequel réside dans l'obscurité de la « vallée de l'ombre de la mort ».

Nous aussi, tout comme Kora’h, avons connu une chute profonde et nous nous interrogeons sur la possibilité d'une éventuelle ascension.

Le message puissant que nous livre la Torah est que même Kora’h, paradigme de la déchéance, est capable de s'élever et le fera. Le Machia’h nous aidera tous à nous extraire des ombres de l'obscurité et de la mort afin d'instiller en nous une vie véritable.

On pourrait néanmoins poser la question suivante : le Judaïsme n’adhère pas à la croyance selon laquelle l'ère messianique se limite exclusivement aux actions de D.ieu et du Machia’h à notre égard. Il s'agit également de nos propres actions visant à faire des transformations dans le monde. La question qui succède à la description de l'élévation par D.ieu hors de la vallée des ténèbres est la suivante : que devons-nous faire ? Quel est notre rôle dans l'ensemble de ce processus ?

On pourrait suggérer que la Torah traite également de cette question dans le verset suivant : « Cependant, les fils de Kora’h ne moururent pas ». Par l'ajout de ces mots, la Torah nous transmet un message d'une grande puissance.

Le dernier des Prophètes, Malakhi, à la conclusion de son livre biblique du même nom, décrit les événements survenant antérieurement à la venue du Machia’h. Éliahou (que nos Sages identifient comme étant nul autre que Pin’has, le nom et le protagoniste de la Paracha de cette semaine) viendra pour « restaurer le cœur des pères par les enfants ».

 

Nos enfants nous inspireront et allumeront en nous l'étincelle messianique, nous permettant ainsi de nous extraire du puits dans lequel nous pourrions être tombés en tant qu'individus, ainsi que de la situation dont nous faisons l'expérience collectivement sous le nom d'exil. Même si nous conservions une trace de la rébellion de Kora’h, nos enfants veilleront à ce que nous ne périssions pas ; ils nous assisteront afin que nous puissions revitaliser nos propres âmes et, par conséquent, éveiller l'étincelle messianique qu’elles contiennent. Cela, à son tour, révélera le Machia’h, qui nous extraira de cet exil de manière permanente.

Le Coin de la Halacha

Qu’est-ce que « Tefilat Hadérèkh » - la prière du voyageur ?

C’est une prière qu’on récite pour demander la protection de toutes sortes de dangers et pour la réussite du voyage.

Le texte varie légèrement selon les communautés, avec l’ajout ou non de différents versets et Tehilim (Psaumes) évoquant les voyages de nos ancêtres.

Celui qui voyage et prévoit de revenir le même jour ajoute deux mots : « Véta’hezirénou Lechalom » (« fais-nous revenir en paix ») et ne répétera donc pas cette prière lors de son retour.

Quand on récite cette prière, on garde à l’esprit qu’on prie aussi pour les autres – bien que chaque voyageur soit tenu de la réciter (ou d’y répondre « Amen »). Celui qui ne dispose pas du texte écrit et ne le connaît pas par-cœur peut prier dans son propre langage, en incluant les autres voyageurs.

Quel que soit le mode de transport, dès qu’on quitte la ville et des endroits habités et qu’on a franchi la distance d’une Parsa (entre 3km 840 et 4km 800 selon les décisionnaires), on récite la « Tefilat Hadérèkh ».

On récite cette prière déjà sur la route de l’aéroport si celui-ci est situé loin de la ville, sans attendre le décollage. Si on a oublié de la réciter, on peut encore la réciter avant l’arrivée.

(d’après Halikhot Mordekhaï)

Le Recit de la Semaine

Ne tirez pas ! Il porte des Tsitsits !

Chabbat Sim’hat Torah, 7 octobre 2023 : il habitait dans le village de Karmé Katif et passait la fête chez les parents de son épouse, à Kiryat Gat. La sirène avait retenti et, de façon angoissante, ne s’arrêtait pas. Le sergent Guy Madar avait compris qu’il se passait quelque chose de grave, très, très grave.

Il était à l’époque responsable de la zone désertique au sud de la bande de Gaza. Pour comprendre ce qui se passait, il téléphona au commandant de Kerem Chalom qui répondit d’une voix affolée : « Invasion depuis Gaza ! ».

« Invasion depuis Gaza, cela signifie pour moi que des tueurs sont entrés dans la maison, c’est-à-dire à l’intérieur-même de notre pays ! » expliqua-t-il par la suite.

Vêtu de ses habits de Chabbat et armé seulement d’un fusil, il se mit immédiatement en route vers le sud. Il arriva au carrefour d’Aloumim et découvrit avec horreur des scènes inouïes du carnage, avec des corps jonchant les deux côtés de la route. Il stoppa et se mit à vérifier les corps un à un, espérant peut-être pouvoir aider d’éventuels survivants. Plusieurs policiers se joignirent à lui quand, soudain, des coups de feu éclatèrent dans leur direction. Guy distingua rapidement le terroriste qui le visait et l’élimina. Puis cinq autres terroristes arrivèrent à vélo et Guy les élimina également.

« Nous étions en très mauvaise posture : ils étaient plus nombreux que nous, très bien équipés et armés. La situation était terriblement angoissante, nous étions submergés par le nombre de tueurs. C’est alors que des anges sont arrivés : un bataillon marin surgissait du sud et se dirigeait vers le parking de Réim, sans imaginer que des terroristes les guettaient.

Parmi eux se trouvait Ron Gvili, ce héros qui, malheureusement tomba quelques instants plus tard (et dont le corps fut kidnappé et caché à Gaza pendant plus de deux ans). Ce jour-là, Ron qui pourtant se remettait d’une autre blessure, n’avait pas voulu rester sagement chez lui et s’était précipité pour participer aux combats et porter secours : il a effectivement sauvé de nombreuses vies. Que son souvenir soit une bénédiction et que son sang soit vengé.

Je suis sorti et je leur ai fait signe de s’arrêter afin qu’ils ne tombent pas dans l’embuscade. A ce moment, une jeep de terroristes se dirigea vers le Kibboutz Saad ou vers Netivot - sans doute pour rejoindre leurs acolytes qui s’y trouvaient déjà. Ensemble, avec Ran, nous avons sauté dans la voiture pour les suivre mais le véhicule avait déjà disparu et nous sommes donc revenus au carrefour d’Aloumim.

La situation sur place avait empiré. Un autre véhicule de la police arriva après avoir lui aussi tenté de pister l’ennemi mais fut attaqué par un tir de RPG. J’ai compris que nous étions les suivants sur la liste mais je n’ai pas réussi à identifier la provenance du tir. J’ai accéléré autant que je le pouvais tout en remarquant que des terroristes pullulaient de tous les côtés. Un feu nourri atteignit l’arrière de la voiture qui explosa sous l’impact. Ran fut blessé puis moi-même je fus blessé au pied gauche ; j’essayai d’accélérer encore mais la voiture aussi avait été endommagée : nous étions sur une pente et la voiture descendit sur une certaine distance puis s’arrêta.

Nous sommes sortis, Ran appliqua lui-même un garrot de fortune sur sa plaie et moi aussi, j’ai essayé de parer au mieux à ma blessure. J’avais horriblement soif, sans doute à cause de la grande quantité de sang que j’avais perdue et Ran, dans sa grande compassion et malgré sa propre douleur, me donna les dernières gouttes d’eau de sa gourde. Il parvint à se cacher parmi les arbres et, de là, tira sur les terroristes qui s’approchaient de nous. Il parvint même à donner de nos nouvelles aux camarades qui étaient restés au carrefour. Pendant cinquante minutes, il continua à se battre jusqu’à épuisement de ses munitions, quand il cessa de communiquer.

Moi, j’essayai de trouver un abri dans le champ, je rampai autant que ma jambe blessée me le permit sur une centaine de mètres. Je gisais ainsi sur l’herbe, avec mon arme à mes côtés et en pensant : Celui qui viendra, quel qu’il soit, espérons pour le mieux…

Deux vans chargés de terroristes arrivèrent à ce moment-là. Je les entendais parler entre eux. Encore quelques minutes, ils remarqueraient ma présence et me tueraient. Je pensais à ma femme et mes enfants et priais pour rester inaperçu.

Je passais quatre heures couché ainsi dans l’herbe, incapable de bouger, avec un besoin urgent d’eau alors que je continuais à perdre du sang. A un moment donné, j’aperçu un tank qui avançait sur la chaussée et ceci me redonna un peu d’énergie et d’espoir : un tank, c’était l’armée israélienne, c’était des soldats amis, j’étais sauvé ! A condition qu’ils ne me prennent pas pour un ennemi ! Encore un effort pour tenter de me redresser, malgré des taches noires qui dansaient maintenant devant mes yeux : non, ce n’était pas le moment de m’évanouir et de mourir !

Des soldats apparurent alors et remarquèrent que quelque chose bougeait, une silhouette bizarre, couverte de sang, habillée en civil et non en uniforme, peut-être un terroriste… Cette journée était si folle que le plus dur était d’identifier l’ennemi qui pouvait se cacher et tirer de n’importe où !

Soudain l’un des soldats s’écria :

- Ne tirez pas ! Il porte des Tsitsits !

Effectivement, je portais sous ma chemise le petit Talit et les fils dépassaient, bien reconnaissables. Je ne les portais jamais à l’extérieur mais, dans la rage des combats, ma chemise s’était ouverte et ils étaient maintenant bien visibles.

Ce sont eux, ces fils de Tsitsits qui m’ont sauvé la vie.

On me dégagea et je fus transporté à l’hôpital dans un état grave. La blessure au pied dut être opérée deux fois et je restai cinq mois en convalescence mais, finalement, je redevins parfaitement opérationnel, avec l’aide d’un personnel médical dévoué et compétent.

Il y a six mois, j’ai été nommé commandant de l’unité 80.

Le miracle des Tsitsits qui m’ont sauvé la vie a été publié dans le monde entier et a incité de nombreux Juifs à adopter cette Mitsva dans leur vie quotidienne. La demande a été telle que de nombreux ateliers de confection de Tsitsits se sont spontanément mis en place.

Mendy Shaikevitz – Si’hat Hachavoua N° 2057

Traduit par Feiga Lubecki