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Samedi, 25 juillet 2026

  • Vaet’hanan
Editorial

 Une attente qui fait sens

Le peuple juif est, comme par nature, celui du temps long. Il ne peut être analysé, et encore moins compris, à l’échelle de l’histoire immédiate. L’observateur ne peut que relever que, dans des situations qui scellent habituellement la disparition d’un peuple, les Juifs ont toujours su dépasser la tragédie et reconstruire ce que leurs ennemis avaient voulu détruire. Le 9 Av en constitue le plus criant exemple : le Temple de Jérusalem est détruit, le peuple est emmené en exil, tout espoir d’indépendance et de liberté perdu. Ce type de tragédie n’est sans doute pas unique dans l’histoire ; combien de peuples ont vu leur existence anéantie sous les coups de plus puissants qu’eux. Puis ces peuples ont disparu, fondus dans la civilisation dominante. Cela paraissait inévitable. Pour le peuple juif, le 9 Av fut un drame, de plus répété au cours des siècles, mais aussi le début d’une attente.

Nos sages l’expriment en une phrase célèbre : dès le jour de la destruction, nous disent-ils, « immédiatement le sauveur du peuple juif vit le jour », le Machia’h. Alors que le calendrier nous ramène à une telle date, nous sommes donc invités à la vivre sous ses deux aspects. Certes, on ne saurait oublier la perte du Temple ; elle reste profondément gravée, avec toutes ses conséquences, dans notre conscience. Mais cela ne peut nous conduire au renoncement ou à la désespérance. Bien au contraire, l’idée, audacieuse, est de ne pas oublier tout en entreprenant l’indispensable reconstruction. Aujourd’hui, chacun constate que ce qui semblait impossible s’est réalisé. Le peuple juif est toujours présent au cœur de l’histoire, toujours prêt à en relever les défis. Il en est capable car une force différente le soutient et l’anime : son attachement à D.ieu et à Sa Torah.

C’est ainsi que le temps passe ou plutôt que chacun donne sens à son passage, car c’est de l’action des hommes que l’univers est fait. Notre attente impatiente fonde éternellement notre espoir et, par là-même, notre joie et notre vie. Puisse-t-elle être couronnée par la réalisation concrète de son objectif.

Etincelles de Machiah

 Lois du Temple

Bien que le Temple soit aujourd’hui détruit à cause de nos fautes, on est tenu de lui témoigner le même respect que lorsqu’il était construit : on ne pénètrera que dans les espaces où l’on avait le droit d’entrer, on ne s’assiéra pas dans l’espace qui était celui du parvis, et l’on ne se conduira pas avec légèreté face à la porte Est du parvis. C’est ce qu’on apprend du verset : « Mes chabbat vous garderez et Mon Sanctuaire vous craindrez » : tout comme l’observance du Chabbat est un commandement éternel, de même le respect du Temple est éternel, car bien que détruit, la sainteté du lieu subsiste.

Vivre avec la Paracha

 VAÉT’HANANE

Moché dit aux Enfants d’Israël que D.ieu ne lui a pas permis d’entrer en Terre Sainte et qu’il ne pourra la contempler que du haut d’une montagne. Il poursuit la répétition de la Torah, évoquant les événements sans précédent qui se sont produits depuis la sortie d’Egypte. Il prédit que des générations futures se détourneront de D.ieu, pratiqueront l’idolâtrie, perdues parmi les nations, mais qu’elles reviendront à D.ieu et Ses commandements.

La Paracha inclut les Dix Commandements, le Chéma Israël, les Mitsvot de l’amour du prochain, de l’étude de la Torah, des Tefilines et des Mézouzot

Deux versions

Parmi les nombreux thèmes de la Paracha de cette semaine, on peut relever la répétition des Dix Commandements (ou plus exactement des Dix Déclarations). Moché expose à la nouvelle génération les événements passés et reformule, à son intention, les Dix Commandements.

En réalité, ainsi que le soulignent le commentateur Ibn Ezra et d'autres Sages, il existe certaines variations mineures entre les deux versions. Parmi celles-ci, on observe, dans la nouvelle version, l'insertion de la phrase : « Comme Je vous l'ai ordonné » en relation avec les quatrième et cinquième Commandements : l'observance du Chabbat et l'honneur dû aux parents.

Une question pourrait se poser quant au moment où D.ieu nous aurait précédemment commandé d'observer le Chabbat et d'honorer nos parents.

Rachi, anticipant cette interrogation, explique que les commandements relatifs à l'observation du Chabbat et à l'honneur des parents avaient déjà été prescrits en un lieu nommé « Mara », où les Juifs séjournèrent peu après avoir traversé la mer. La Torah y relate que D.ieu leur remit à cet endroit certains commandements ; toutefois, le texte ne spécifie pas la nature exacte de ces prescriptions.

Qu’est-ce qui distingue le Chabbat de l'honneur dû aux parents ?

Pour quelles raisons ces deux commandements ont-ils fait l'objet d'une sélection parmi l'ensemble des autres, et nous ont ainsi été communiqués à « Mara » ?

D’autre part, pour quelle raison est-il nécessaire de patienter jusqu'au livre de Devarim afin de constater que l'observation de ces lois nous avait déjà été prescrite antérieurement ?

Afin de répondre à ces questions, il convient de présenter au préalable deux scénarios qui existent par rapport à l'observance de ces deux commandements en particulier.

Les deux scénarios du Chabbat

Il est possible d'observer le Chabbat parce que c’est un jour sacré ; un jour durant lequel l'individu peut se consacrer à la dimension spirituelle et ressentir un goût du paradis au sein de l'existence terrestre. Dans ce mode de perception, le Chabbat n'est pas envisagé comme un moyen d'évasion, mais plutôt comme une manière de se dépasser.

Pour certains individus, toutefois, le Chabbat revêt une apparence radicalement différente et répond à une exigence d’une autre nature. C’est une journée permettant de s'extraire des afflictions et des angoisses de la semaine écoulée. Le Chabbat s'apparente ainsi à une ville de refuge face au labeur, à la souffrance et à la négativité de la semaine passée.

Les deux scénarios relatifs à l'honneur dû aux parents

Il convient également de distinguer deux scénarios dans la manière dont nous observons le commandement d'honorer nos parents.

Pour certains, le parent constitue le représentant de D.ieu sur terre. Ainsi que l'énonce le Talmud : « un individu dispose de trois partenaires : un père, une mère et D.ieu ». Par conséquent, lorsque nous honorons l'un de ces partenaires, nous procédons simultanément à la reconnaissance et à l'honneur des autres. Nous considérons nos parents comme des figures d'autorité et plus grands que la vie elle-même.

Pour d'autres, l'honneur envers les parents repose sur une raison nettement plus simple. Les parents sont, avant tout, des nourriciers. Ils nous ont transmis la vie et continuent de nous soutenir en pourvoyant à nos besoins essentiels. Ils nous assurent une sécurité au sein d'un monde par ailleurs effrayant et précaire. En les honorant, nous manifestons notre gratitude pour les actes qu'ils ont accomplis à notre égard.

Ces deux approches sont pertinentes. Toutefois, lors de périodes d'adversité, de crises et d’« amertume » (signification du mot hébreu « Mara », le lieu où fut initialement reçu ce commandement), nous sommes davantage enclins à apprécier le Chabbat pour sa capacité à dissiper la douleur et à nous procurer un sentiment de repos et de sérénité, nous permettant ainsi de faire face à l’avenir.

De la même manière, lorsque nous éprouvons de l'insécurité ou traversons des expériences amères, nous ressentons la nécessité de trouver réconfort et consolation dans l'étreinte de nos parents.

En période de prospérité et de joie, nous aurions plus tendance à considérer le Chabbat et les parents comme des moyens permettant d'atteindre des objectifs spirituels supérieurs, plutôt que comme des sources primordiales de sécurité et de secours.

Ainsi, lorsque les Juifs se trouvaient à « Mara », ils avaient déjà reçu l'ordre d'observer le Chabbat et d'honorer leurs parents. Il s'agissait là de la manière dont D.ieu leur signifiait que ces deux commandements possèdent la capacité de nous extraire de l'amertume de la vie.

La transition de « Mara » vers le Sinaï

Toutefois, cette orientation se transforma lors de leur départ de « Mara » et de leur arrivée au Mont Sinaï. Tandis que les Juifs se trouvaient dans le désert et que D.ieu pourvoyait à l'intégralité de leurs besoins, ils étaient en mesure de se consacrer aux desseins supérieurs et aux dimensions transcendantes du Chabbat et de l'honneur dû aux parents. Il n'était donc pas nécessaire, dans la première version des Dix Commandements, d'insister sur les prescriptions destinées à une génération qui vivait dans la sécurité du désert, entourée des nuées de gloire et comblée de tout ce dont elle avait besoin.

Pour eux, l'accent devait impérativement porter sur les aspects les plus sublimes du Chabbat et de l'honneur des parents.

Le retour au mode « Mara »

Alors que la nouvelle génération s'apprêtait à pénétrer dans une nouvelle terre, une terre impliquant des affrontements avec des adversaires ainsi que les défis inhérents à la conquête et à l'assujettissement du territoire, il était impératif de leur signifier l'existence d'une approche plus pragmatique de ces Mitsvot.

Le message qui leur fut transmis indiquait qu'il ne saurait y avoir de manquement si un Juif conçoit le Chabbat comme une méthode pour faire face aux épreuves de l'existence. De la même manière, l'acte d'honorer ses parents pour l’aide qu’ils nous apportent ne constitue aucunement une erreur. La Torah souligne, par conséquent, dans cette seconde version des Dix Commandements, « Comme je vous l'ai ordonné à Mara ». Cette orientation consistant à employer ces Mitsvot comme un antidote à l'amertume de « Mara » est parfaitement légitime. Elle est susceptible d'être invoquée lors de périodes de difficulté et de vulnérabilité.

Deux regards sur le Machia’h et sur la Rédemption

L'Ère Messianique est assimilée au Chabbat. D.ieu est comparé à, et est, le Parent ultime. Notre aspiration à ce que D.ieu nous sorte de l'exil et nous apporte la Rédemption présente, de la même manière, deux orientations qui sont toutes deux légitimes.

Nous pouvons être mus par le désir de nous rapprocher de D.ieu, afin d'atteindre les sommets de l'accomplissement spirituel. L'Ère messianique nous permettra d'accéder à ce degré de spiritualité.

Cet aspect de l'Ère messianique se trouve reflété dans la personne du Machia’h. Il possède lui aussi deux fonctions.

D’abord et avant tout, le Machia’h sera l'enseignant ultime de la Torah. Il révélera à tous des connaissances de la Torah jusqu'alors occultées. Ces enseignements dévoileront les dimensions cachées du Divin.

Lors des phases initiales de l'Ère messianique, le Machia’h exercera également une fonction secondaire. Il sera un roi, le dirigeant suprême du Peuple juif ainsi que du monde entier. Il utilisera sa fonction pour mettre un terme à l'ensemble des conflits et des souffrances qui marquent l'existence en exil.

Devrions-nous attendre le Machia’h en tant qu'enseignant ou en tant que libérateur et roi ?

La réponse réside dans le fait que, bien que la motivation idéale concernant le Machia’h soit de s'imprégner de la Lumière divine qui enveloppera le monde, il est également opportun de désirer le Machia’h et la Rédemption pour la raison personnelle de s'affranchir de « Mara », de l'amertume, de la haine, de l'insécurité et de l'état de dépression inhérent à l'exil.

Nous sommes en droit de dire au Bon D.ieu : « Ad Mataï ? Jusqu’à quand ? Cela suffit ainsi ! Que le Machia’h arrive enfin et que nous puissions célébrer ensemble le Chabbat de l'éternité ! ».

Le Coin de la Halacha

 Comment se souvient-on de la destruction du Temple ?

Les Sages ont institué plusieurs coutumes pour commémorer la destruction du Temple car aucune joie ne peut être complète tant que le Temple n’est pas reconstruit par le Machia’h :

- Celui qui construit une nouvelle maison laissera en évidence sur le mur une surface d’environ un mètre carré sans peinture ou ciment.

- Une femme ne portera pas une parure complète de bijoux.

- La mariée ne portera pas une robe tissée de fils d’or ou d’argent.

- On casse une assiette au moment de la signature du contrat de mariage et un verre à la fin de la cérémonie nuptiale.

- On ne participe pas aux fêtes païennes avec combats d’animaux.

Quand le Temple sera reconstruit « alors notre bouche se remplira de rire et notre langue se réjouira (Tehilim - Psaumes 126) ».

(d’après le Kitsour Choul’hane Arou’h)

Le Recit de la Semaine

 L’erreur qui n’en était pas une…

Vendredi dernier, nous étions assis tous ensemble, plusieurs amis, pour étudier la Torah. Comme dans le livre étudié était évoquée l’importance de la Tsedaka (charité), je me suis souvenu d’un enseignement spécifique du Rabbi qui donne un conseil imparable : donnez la Tsedaka à quelqu’un que vous ne connaissez pas et qui ne pourra sans doute jamais vous rendre un service. C’est un bienfait dans le sens le plus noble, sans aucune arrière-pensée et alors, le Juif pourra se tenir devant D.ieu et demander : « Maître du monde ! De même que je me suis conduit avec largesse, sans conditions, sans aucun calcul, de même conduis-Toi avec moi et ma famille sans arrière-pensée ni calcul !

Un des participants, Alex, me demanda de lui envoyer ce texte du Rabbi avec la référence sur son téléphone pour qu’il puisse s’en inspirer et éventuellement le partager autour de lui.

Je l’ai effectivement envoyé à Alex – mais je me suis trompé et l’ai envoyé à un autre Alex ! Un vieil ami, récemment immigré de Russie, un musicien avec lequel j’avais travaillé pendant des années pour mes concerts et l’enregistrement de mes singles. Il est actuellement gardien dans une école et ne sait pas encore très bien lire et comprendre l’hébreu. En recevant mon message, il ne savait pas trop quoi en penser et demanda donc à la directrice de son école de le lui traduire.

Elle accepta gentiment, lut puis s’arrêta, bouleversée. Elle demanda à Alex de lui transmettre à elle aussi le message.

Une semaine s’écoula.

Ce matin très tôt, le téléphone sonna : c’était Alex – le musicien :

- Chalom Mendy, je dois te raconter quelque chose…

Alex m’annonça que la directrice s’était approchée de lui le matin-même et lui avait confié que, depuis qu’elle avait lu ce message du Rabbi, elle avait décidé de s’y conformer exactement et donc, si on peut dire, de tester D.ieu. Elle avait donné la Tsedaka à quelqu’un qu’elle ne connaissait pas puis avait demandé à D.ieu de se conduire avec sa fille avec bonté et bienveillance, sans aucun calcul de sa part.

Sa fille luttait contre l’anorexie, une maladie terrible et potentiellement fatale.

Puis, d’une voix étranglée, elle raconta à Alex.

- Je ne sais pas comment l’expliquer mais, depuis cette semaine, la situation de ma fille s’est considérablement améliorée, un progrès comme nous n’en avions jamais observé !

Cette conversation m’a laissé sans voix !

Et j’ai réfléchi…

Je n’avais pas eu l’intention d’envoyer ce message à mon ami Alex le musicien.

C’était une erreur.

Parfois D.ieu te fait appuyer « par erreur » sur un bouton pour qu’un certain message parvienne exactement au cœur qui en a besoin…

Comme nous le répétons chaque jour dans les bénédictions du matin : remercions D.ieu qui « guide les pas de l’homme » !

Rav Mena’hem Mendel Jerufi

Traduit par Feiga Lubecki