Quelle rentrée !
Fin des vacances. Cette période, devenue si essentielle à l’époque moderne, s’est terminée. Il faut se souvenir qu’elle n’existe que de façon récente, cependant son importance actuelle est indéniable. Alors, une fois l’ordre habituel des choses revenu en place, que faire ? D’autant plus que c’est face à de nombreux et grands défis que nous nous retrouvons aujourd’hui. Outre, pêle-mêle, les conflits qui agitent le monde, l’atmosphère générale du pays ou la rentrée des classes, tous sujets évidemment centraux, voici que le calendrier s’impose à nous avec une puissance indépassable. Un nom brille à son fronton : Elloul.
Elloul, dernier mois du calendrier juif, c’est lui qui nous accueille, évocateur des grands rendez-vous rituels, et surtout spirituels, qui nous attendent : Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot, Sim’hat Torah. De ces célébrations et de leurs implications, il conviendra de reparler mais, dès à présent, le mois d’Elloul en fait sentir le frémissement. C’est ainsi qu’en ce moment de rentrée, un vent nouveau se lève. Il brise les barrières, abat les obstacles et pousse vers les sommets. Car il existe quelque chose de littéralement stupéfiant dans ce mois. Il est celui d’une sorte de revisite du passé, d’une remise en perspective des actes de l’année qui se termine afin d’en mieux percevoir les effets, quels qu’ils soient, et de prendre un départ débarrassé des stigmates anciens. Presque un rêve : s’éveiller dans un premier matin du monde, avec tous les possibles devant soi. En d’autres termes, se préparer à une véritable année nouvelle.
La « rentrée » qu’il nous est donné de vivre est donc bien un instant d’une importance stratégique. De retour au quotidien, nous ne sommes déjà plus les mêmes. Tout passé négatif effacé, nous entrons dans le temps merveilleux de l’édification et du dépassement. Nous avons en nous tous les pouvoirs, reste seulement à éveiller notre volonté. Mais n’est-ce pas là, par nature, le lot de tout humain ? Toute grande histoire ne commence-t-elle pas toujours par le désir et la volonté ? A nous de choisir l’ultime liberté, le fondement du bonheur, pour une nouvelle année aussi belle que nos espérances.
Toujours se préparer au « Chabbat »
« Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier » (Ex. 20:8). A propos de ce verset, Rachi commente : « Prenez garde à vous souvenir toujours du jour du Chabbat : si quelque chose de beau se présente à toi, garde-le pour le Chabbat ».
Il en est de même pour la Délivrance future. Même lorsqu’on se trouve dans les jours profanes du temps d’exil, il faut se souvenir toujours de la Délivrance et s’y préparer. Elle est « le jour qui est entièrement Chabbat et repos pour l’éternité ».
(d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch – 11 Sivan 5744)
NITSAVIM
Cette Paracha comporte certains des principes les plus importants de la foi juive :
L’unité d’Israël : « Vous vous tenez en ce jour tous, devant l’Eternel votre D.ieu : vos chefs de tribus, vos anciens, vos officiers, et chaque homme israélite ; vos jeunes, vos épouses, l’étranger qui est chez vous ; depuis votre bûcheron jusqu’à votre puiseur d’eau ».
La Rédemption future : Moché annonce l’exil et la désolation de la Terre qui résultera du fait qu’Israël abandonnera les lois de D.ieu, mais il prophétise également qu’à la fin : « Vous retournerez vers l’Eternel votre D.ieu… Si vos renégats se trouvent à l’extrémité des cieux, de là l’Eternel votre D.ieu vous rassemblera et vous conduira vers la Terre qu’ont possédée vos Pères ».
L’accessibilité de la Torah : « Quant à la Mitsva que Je vous commande, en ce jour, elle n’est pas hors de votre portée, pas plus qu’elle n’est éloignée de vous. Elle n’est pas au ciel… Elle n’est pas au-delà de la mer… Mais au contraire, elle est très proche de vous, dans votre bouche, dans votre cœur, de sorte que vous puissiez l’accomplir ».
Le libre arbitre : « J’ai placé devant vous la vie et le bien, la mort et le mal ; en cela, Je vous commande en ce jour, d’aimer D.ieu, de marcher dans Ses voies et de garder Ses commandements… La vie et la mort J’ai placées devant vous, la bénédiction et la malédiction. Et vous choisirez la vie ».
Le choix à son second degré
Le nom de la Paracha de cette semaine est Nitsavim, ce qui signifie littéralement : « se tenir debout ». On la lit toujours lors du Chabbat qui précède Roch Hachana. Moché s’y adresse à tout le peuple, rassemblé pour écouter ce qu’il va transmettre. Il dit : « Voyez, je mets devant vous, aujourd’hui, la vie et le bien, la mort et le mal… Vous choisirez la vie de sorte que vous et vos enfants viviez. » Moché signifie par là que choisir la voie de la Torah apporte la vie et le bien être.
Cette idée comporte deux niveaux. Le premier indique que l’être humain peut entrevoir une variété de manières de vivre. Pensant à ces possibilités, il lui apparaît qu’une vie guidée par les enseignements de la Torah peut lui apporter un niveau plus profond de bonheur, un plus grand accomplissement personnel. Ainsi choisit-il la voie de la Torah, la voie de la vie. Il est guidé par la compréhension et le sentiment que le Judaïsme apporte l’harmonie et d’autres valeurs positives à sa vie.
Le second niveau se découvre lorsque l’harmonie n’est pas manifeste. Quand il y a crise, opposition et luttes et que son observance d’un véritable enseignement juif, ou bien le simple fait qu’il est Juif, semble conduire à des problèmes supplémentaires. Dans cette situation, chaque Juif a la possibilité de choisir la voie de la « vie » et du « bien ». Cependant, ce choix peut paraître dépasser la raison et la compréhension conventionnelles. Des gens apparemment bien intentionnés et raisonnables peuvent en venir à conseiller : « Pourquoi se compliquer la vie ? Choisissez une voie plus facile ! » Néanmoins, Moché nous enjoint de choisir la vie, le Judaïsme authentique. Sa recommandation s’appuie sur une perspective plus vaste de ce que nous sommes et de notre destin.
La ‘Hassidout explique que ce choix est l’expression de l’essence de l’âme, unie de façon éternelle à D.ieu. Il faut choisir la vie de la Torah, malgré l’éventuelle adversité du moment. Parce que du point de vue de notre essence profonde, aucun autre chemin n’est une option. Pourquoi ? Parce que notre essence est concernée par la réalité – pas seulement par ce qui semble bon et bien pour le moment mais par ce qui est réellement bon et bien.
Les mots de Moché, nous commandant de « choisir la vie », incluent ces deux niveaux à la fois. Et c’est ce qui constitue une introduction adéquate à Roch Hachana. Car lors de cette fête, nous exprimons notre dévouement à D.ieu notre Roi et Lui, à Son tour nous « choisit » à nouveau comme Son peuple.
Le choix du Peuple juif par D.ieu ne s’appuie pas sur nos bonnes actions, le premier niveau de choix. Il s’agit plutôt du choix de l’essence du Juif à l’intérieur de nous, le point où nous sommes unis à Lui, quelles que soient nos actions du moment : le second niveau.
Etant donné le lien profond qui nous unit à D.ieu, il nous revient d’essayer d’être cohérents dans notre vie, de faire en sorte que notre comportement extérieur soit le reflet de l’amour caché dans l’essence de notre cœur. Choisir le mode de vie des enseignements de la Torah signifie choisir la vie, le bien et la joie.
VAYÉLEKH
Il s’agit ici du récit des événements du dernier jour de la vie de Moché sur terre. « J’ai cent vingt ans aujourd’hui » dit-il au peuple, « et je ne peux plus continuer et entrer ». Il transfert la direction à Yehochoua et écrit (ou conclut) la Torah dans un rouleau qu’il confie aux Lévites pour qu’ils le gardent dans l’Arche de l’Alliance.
La Mitsva du Hakhel (rassemblement) est donnée : tous les sept ans, durant la fête de Souccot lors de la première année du cycle de la Chemita, le peuple d’Israël tout entier doit se rassembler dans le Temple de Jérusalem où le roi lui lira la Torah.
Vayélekh se conclut avec la prédiction que le peuple juif se détournera de son alliance avec D.ieu ce qui aura pour conséquence qu’Il lui cachera Sa face mais aussi avec la promesse que les paroles de la Torah « ne seront pas oubliées de la bouche de ses descendants ».
Une vie précise
A propos des paroles de Moché « J’ai cent vingt ans aujourd’hui », Rachi explique : « Aujourd’hui mes jours et mes années ont été remplis ; en ce jour je suis né et en ce jour je vais mourir… Cela nous enseigne que D.ieu remplit les jours des Justes jusqu’au jour et au mois, comme il est écrit (Chemot 23 :26) : ‘Je remplirai le nombre de tes jours’».
Une année est bien plus qu’une quantité de temps. Sur le plan physique, une année marque l’achèvement d’un cycle solaire et la répétition d’une suite de saisons et des cycles vitaux qu’elles engendrent. Sur le plan spirituel, chaque année apporte une répétition d’influences spirituelles variées, marquées par les fêtes (la liberté pour Pessa’h, la joie pour Souccot, etc.) depuis leur position fixée dans le calendrier juif.
C’est pourquoi le mot hébreu pour « année - Chana, signifie à la fois « changement » et « répétition ». Car l’année incorpore une série de transformations qui constituent l’expérience humaine. Chaque année de notre vie ne fait que répéter ce cycle, certes à un niveau supérieur, grâce à notre maturation et nos accomplissements de l’année précédente. En d’autres termes, nous pouvons dire que nous vivons tous une année et puis revivons notre vie autant de fois que nous le pouvons, à chaque reprise à un niveau plus élevé, comme une spirale qui répète toujours la même trajectoire, mais plus haut. C’est le sens d’une vie « remplie » dans la mesure où elle consiste en années de calendriers complets. Ainsi Moché était né le 7 Adar et quitta ce monde à la même date, comme ce fut le cas pour de nombreux autres Tsadikkim.
La veille de Roch Hachana : vendredi 11 septembre 2026
On ne récite ni le Ta’hanoun ni les Psaumes 20 et 86 durant la prière du matin. On ne sonne pas le Choffar, afin de marquer la différence entre la coutume (du mois d’Elloul) et l’obligation (de Roch Hachana).
En présence de dix hommes, de préférence, (ou bien 3 hommes) chacun récite le texte de « Hatarat Nedarim », l’annulation des vœux, afin de ne pas commencer la nouvelle année tant qu’on n’aurait pas accompli tout ce qu’on a promis l’année précédente : en effet, à Roch Hachana, chacun promet de mieux faire. Mais quelle serait la valeur d’une telle promesse si l’on n’a pas tenu les promesses de l’année précédente ?
Les hommes se coupent les cheveux, s’immergent dans le Mikvé. On revêt les vêtements de fête car on est confiant que D.ieu jugera chacun avec miséricorde.
On augmente les dons à la Tsedaka (charité) en s’assurant que chacun a de quoi faire face aux dépenses de la fête.
Nombreux sont ceux qui se rendent – ce jour-là ou les jours précédents – au cimetière sur les tombes des êtres chers disparus et des Tsadikim (Justes) afin qu’ils intercèdent en faveur de leurs descendants et de leurs fidèles.
De nos jours, on évite de jeûner et on préfère donner à la Tsedaka (charité) l’argent équivalent aux repas consommés (en général une somme multiple de 18).
Le petit VIP (Personne très importante…)
Quand je raconte que ma famille a quitté l’Union Soviétique en 1964, les gens me répondent que c’est impossible : à cette époque, ce pays communiste était comme une gigantesque prison pour les Juifs. Mais quand nos familles dans le monde libre avaient demandé au Rabbi de prier pour notre libération, il leur avait assuré que nous sortirions de là sans problème. Effectivement, mes parents Asher et Fraida Menia reçurent la permission de sortir avec moi cette année-là ainsi que d’autres ‘Hassidim.
Quand nous sommes arrivés en Israël, mon père écrivit au Rabbi pour demander s’il devait immédiatement se rendre à New York – il n’avait jamais vu le Rabbi auparavant – mais la réponse fut qu’il devait d’abord reprendre contact en Israël avec les membres de sa famille qu’il n’avait pas revus depuis des années. Finalement, il se rendit à New York pour le mois de Tichri.
A cette époque, les invités qui venaient passer les fêtes auprès du Rabbi avaient droit à deux audiences privées : à leur arrivée et avant leur départ. Quand mon père entra pour la première fois, il voulut offrir au Rabbi un cadeau qu’il avait rapporté de Russie : un carton de cigarettes kazbek. « Je ne fume pas, déclara le Rabbi, mais puisque c’est un Juif de Russie qui me les offre, je les accepte ». Il prit le carton et le rangea dans un tiroir de son bureau. Puis il adressa à mon père des mots qu’il ne pouvait pas comprendre : « Vous, les trois familles qui venez de sortir de Russie, vous avez « ouvert le tuyau » et, bientôt tous les Juifs de Russie pourront sortir eux aussi ! ». Pour mon père – et tous ceux qui se souviennent de cette période – c’était absolument irréaliste mais il avait confiance dans les paroles du Rabbi.
Quelques années plus tard, il y eut un tremblement de terre à Tachkent, la ville où nous avions vécu en Ouzbékistan. Les maisons là-bas étaient construites en briques à base de boue et non en béton : presque toutes furent détruites et donc les gens n’avaient plus où se loger. Le résultat fut que les autorités permirent à tous les Juifs de la ville de quitter le pays. Seules quelques familles demeurèrent tandis qu’après cela, l’interdiction d’émigrer vers Israël fut levée – comme le Rabbi l’avait prévu…
Après Sim’hat Torah, le Rabbi demanda à mon père de rester aux États-Unis un peu plus longtemps afin qu’il voyage dans tout le pays et parle dans les communautés pour prouver aux Juifs américains assimilés qu’une vie juive orthodoxe existait encore en Union Soviétique.
En 1966, toute notre famille mérita de se rendre auprès du Rabbi. J’avais neuf ans. Quand nous vivions en Russie, mes parents avaient été très vagues quant à leurs projets une fois que nous aurions quitté le pays : on ne parlait à personne de ces choses-là, surtout pas aux enfants qui risquaient, innocemment, de dévoiler des secrets car, là-bas, tout le monde espionnait et dénonçait tout le monde. Ils m’avaient simplement expliqué que nous irions voir un grand Tsadik en Israël. Ce n’est qu’après notre arrivée dans ce pays libre que j’appris qu’en fait, nous irions voir le Rabbi aux États-Unis.
Je me souviens clairement que je me tenais dans le petit jardin en face du 770 Eastern Parkway (la synagogue) quand la voiture du Rabbi arriva. C’était la première fois que ma mère et moi-même le voyions et nous étions très émus. Lors de notre première audience, entre Roch Hachana et Yom Kippour, le Rabbi sortit d’un tiroir – le même tiroir où il avait rangé le carton de cigarettes – un petit livre noir de Tanya, en format de poche et me le remit : « Si tu apprends dans ce Tanya, tu le connaîtras bien ! ». Jusqu’à aujourd’hui, j’essaie d’étudier le Tanya chaque jour avec ce petit livre. Puis il sortit un livre de prières pour ma mère : « Puissent vos prières, pour une bonne année, être agréées ! ».
La synagogue du 770 était quatre fois plus petite qu’elle n’est maintenant et, durant Roch Hachana, elle était pleine à craquer. Quand arriva le moment solennel où le Rabbi devait sonner le Choffar, la foule se précipita vers le centre pour être au plus près du Rabbi. Comme je n’étais qu’un enfant, je me mis en retrait pour éviter d’être bousculé. Mais tout d’un coup, un des étudiants de Yechiva m’attrapa et me traîna à sa suite. Il me remit à un autre qui me souleva et me fit ainsi passer au-dessus d’une mer de chapeaux, au-dessus de la foule pour me déposer finalement sur une estrade, derrière une silhouette enveloppée d’un Talit. On ne m’expliqua rien du tout et je dus essayer de tout comprendre par moi-même. Au bout de quelques secondes, je réalisai qui était sous le Talit : de fait, je me tenais juste derrière le Rabbi et, de là, je pouvais l’entendre pleurer silencieusement alors qu’il se préparait à sonner le Choffar et, bien sûr, j’entendis distinctement les sonneries, fortes, claires et triomphantes.
Par la suite, j’appris que le Rabbi s’était retourné et avait demandé que tous ceux qui étaient récemment sortis de Russie se placent à côté de lui pendant qu’il sonnerait le Choffar. Bien entendu, tous les adultes concernés se précipitèrent sur l’estrade mais le Rabbi précisa que tous devaient venir et avait spécifié mon nom et quelques autres. Alors que tous me recherchaient, le Rabbi ajouta que si nous ne venions pas tous venir, lui-même viendrait nous chercher !
Le second jour de Roch Hachana, il y eut un Farbrenguen (réunion ‘hassidique) dans l’après-midi et cela se reproduisit : alors que tous se poussaient pour prendre leurs places, je restais dehors. Soudain, on m’informa que le Rabbi m’appelait. Persuadé qu’il s’agissait d’une plaisanterie, j’éclatai de rire mais, encore une fois, deux étudiants de Yechiva me saisirent et me firent grimper sur une rangée de tables jusqu’à ce que j’arrive directement devant le Rabbi. Il me donna un petit peu de vin et un bout de ‘Halla (pain) trempé dans le miel, en m’enjoignant de me laver les mains rituellement et de réciter toutes les bénédictions nécessaires. Quand je revins, il me demanda de rester debout non loin de lui, derrière son secrétaire principal, Rav ‘Haïm Morde’hai Aizik Hodakov.
Et pendant tout le mois de Tichri, ceci resta ma place attitrée. A chaque Farbrenguen, le Rabbi s’assurait de ma présence et me transmettait un morceau de gâteau ou un petit peu de vin.
Au matin de Sim’hat Torah, les gens s’engageaient à donner de grosses sommes à la Tsedaka (charité) pour avoir le privilège de réciter un verset de la prière « Ata Horéta ». Le Rabbi lui-même « achetait » ainsi des versets et donnait l’honneur de les réciter à certains ‘Hassidim. A un moment donné, les gens me désignèrent du doigt : en fait, le Rabbi avait « acheté » à partir du deuxième verset jusqu’à la fin de la prière et c’était à moi de les réciter !
Encore un incident marquant dont je me souviens très bien : le Rabbi avait demandé à Rav Bentzion Shemtov de chanter « Mi Armia Admoura », un chant de l’Armée Rouge que Rav Shemtov avait adapté pour « l’armée du Rabbi », les ‘Hassidim qui étaient encore retenus ou qui avaient été emprisonnés et même tués dans les camps de Sibérie et autres. Je me souviens de Rav Shemtov, debout derrière le Rabbi, chantant et pleurant en même temps.
Pendant ce temps, le Rabbi se retourna vers moi avec un grand sourire et je m’approchai. Le Rabbi me demanda en russe si je parlais cette langue :
- Panimayesh paruski ?
Or, depuis que j’avais quitté la Russie, j’avais cessé de parler cette langue : je n’aimais pas ce pays et je n’aimais pas cette langue. Cependant, je la comprenais encore :
- Nimnoshka (un petit peu) répondis-je.
- Nou, répliqua le Rabbi en s’adressant à Rav Shemtov, aide-le à chanter !
Aujourd’hui, quand je raconte à mes enfants et petits-enfants comment le Rabbi a montré tant d’affection à un enfant qui venait juste de traverser le terrifiant Rideau de Fer (comme on appelait la frontière soviétique), je suis encore moi-même impressionné et tout ceci eut un énorme impact sur ma vie !
Rav Yoske Sossonko - JEM
Traduit par Feiga Lubecki