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" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

12 Sivan 5779 / 06.15.2019


Likoutei Amarim
Chapitre 29
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ואם כן הוא רחוק מה׳ בתכלית הריחוק, שהרי כח המתאוה שבנפשו הבהמית יכול גם כן להתאוות לדברים האסורים, שהם נגד רצונו יתברך

Et s’il en est ainsi, à savoir que le beinoni lui-même sidentifie à son âme animale, il est éloigné de D.ieu au plus haut point. Car la force désirante de son âme animale peut également désirer des choses interdites, qui sont opposées à la volonté de D.ieu ;

אף שאינו מתאוה לעשותם בפועל ממש, חס ושלום, רק שאינם מאוסים אצלו באמת כבצדיקים, כמו שכתוב לעיל [פרק י״ב].

bien qu’il n’éprouve pas le désir d’accomplir de telles actions interdites concrètement, à D.ieu ne plaise, elles ne sont pas véritablement répugnantes pour lui comme elles le sont pour les tsaddikim (et il se peut qu’il en ressente le désir), comme dit précédemment (Chapitre douze).

Rabbi Chnéour Zalman a alors expliqué qu’après la prière, et en dépit de l’élévation alors atteinte, lorsque l’amour de D.ieu ne se fait plus ressentir en son cœur, le beinoni peut à nouveau éprouver un attrait pour la matérialité et désirer des choses permises ou interdites. Toutefois, ce désir demeure à l’état de « mauvaises pensées » et ne s’exprime pas au point que soit envisagé le passage à l’acte.

ובזה הוא גרוע ומשוקץ ומתועב יותר מבעלי חיים הטמאים ושקצים ורמשים, כנזכר לעיל

Et en cela (l’existence même chez lui d’un tel désir à l’égard de choses contraires à la Volonté divine), il est plus bas, plus répugnant et plus abominable que les animaux impurs, les insectes et les reptiles, comme expliqué plus haut au Chapitre vingt-quatre. Contrairement à l’être humain, ces créatures n’entreprennent rien à l’encontre de la Volonté divine. L’homme enclin à un tel comportement leur est donc inférieur.

וכמו שכתוב: ואנכי תולעת ולא איש וגו׳

Ainsi qu’il est écrit : « Et je suis un ver et non un homme, etc. »

Or, un homme semblable à un ver est, ipso facto, inférieur à ce dernier pour avoir fait le choix de lui ressembler.

Mais que dire alors de ces moments comme la prière, durant lesquels le beinoni éprouve un véritable sentiment d’amour pour D.ieu, bannissant de son cœur tout désir matériel ? Le texte répond à cette question implicite par une parenthèse :

[וגם כשמתגברת בו נפשו האלקית לעורר האהבה לה׳ בשעת התפלה, אינה באמת לאמיתו לגמרי, מאחר שחולפת ועוברת אחר התפלה כנזכר לעיל, סוף פרק י״ג]

(Et même quand son âme divine se renforce en lui, pour éveiller [un sentiment d’]amour pour D.ieu durant la prière, cette émotion n’est pas d’une authenticité absolue puisqu’elle passe et disparaît après la prière, comme expliqué plus haut, à la fin du Chapitre treize.)

Rabbi Chnéour Zalman a expliqué que seul ce qui est permanent et immuable peut être qualifié de « vrai », selon l’expression des Proverbes : « Le langage de vérité sera établi pour l’éternité ». A l’échelle du beinoni cependant, cet éveil de l’âme divine durant la prière peut être regardé comme « vrai » dès lors que le beinoni est toujours capable de susciter un tel sentiment durant la prière. Mais il ne saurait être défini comme « absolument vrai » (en hébreu émète laamito), puisqu’il n’est pas constant et ne se manifeste qu’à l’heure de la prière.

De cette imperfection d’un sentiment qui s’évanouit après la prière, le beinoni peut nourrir sa méditation.