Semaine 13

Editorial
Le temps du bouleversement

C’est un jour de l’année où l’on ressent brutalement que tout change, où l’on saisit profondément que la transformation est une notion concrète qu’il est possible de mettre en œuvre. Ce jour-là s’appelle Pourim et il intervient cette semaine.
Il est vrai que la seule annonce de cette fête suffit à créer une atmosphère différente, de joie et de confiance. Il est vrai également qu’elle est évocatrice de ces mille réjouissances qui éclairent chaque année le monde de son éclat, amènent leur lumière dans ce lieu d’obscurité qu’il est trop souvent devenu. Et tout cela est bien précieux car n’est-il pas vrai que “la joie brise les limites”, qu’elle abat toutes les barrières y compris celles dressées par l’homme lui-même ? L’allégresse est alors ici, comme toujours, bienvenue. Cependant, elle doit aussi nous faire prendre conscience d’une idée essentielle : tous les possibles nous sont toujours ouverts. Souvenons-nous : à Pourim, c’est la vie même du peuple juif qui est mise en cause. Son sort paraît scellé. Pourtant, c’est dans cet instant dramatique que la victoire la plus totale est obtenue. Au point que le texte du Livre d’Esther n’hésite pas à proclamer : “Et ce fut inversé” ! Ainsi s’ouvre une conscience nouvelle : la seule certitude stable est celle de la continuité du changement qui, malgré sa constance, ne perd jamais son caractère de surprise absolue.
C’est sans doute cela qui fait la source de notre espoir maintenu. Malgré les vicissitudes de l’histoire, nous savons œuvrer pour rendre le monde meilleur. Tels les enfants groupés autour de Morde’haï, dans l’histoire de Pourim, qui restèrent étudier la Torah auprès de leur maître sans s’inquiéter de la tragédie menaçante. Ouverts au souffle du monde, entendant ses mots, nous le savons : tout peut changer, pour le bien.
Etincelles de Machiah
Une préparation impérative

Maïmonide (Michné Torah – Hil’hot Méla’him 12 :2) relève qu’une des premières fonctions de Machia’h, avant même qu’il se révèle en tant que tel, sera de “rectifier la conduite d’Israël et de prépare leur cœur”.
Cette précision est importante car il s’agit d’une préparation impérative. Si elle n’était pas réalisée, la soudaine transformation du monde serait perçue comme une suspension des règles naturelles qui le gouvernent. Or, il est souligné que la venue de Machia’h ne les remettra en cause que dans un second temps.
(d’après Likouteï Si’hot, vol. XXX p. 172)
Vivre avec la Paracha
Tsav-Pourim: Au-delà de la lune


Devant Haman fut tirée un “pour”, c'est à dire un sort, [passant] d'un jour à l'autre et d'un mois à l'autre jusqu'au douzième mois, le mois d'Adar.

Esther 3:7

Pourim est le pluriel de “pour”, le mot perse pour "loterie". Pourim, la fête, est ainsi dénommée en référence aux divers tirages au sort effectués par Haman pour déterminer la date de la planification de son massacre du peuple juif, à D.ieu ne plaise.

Haman procéda en tout à trois tirages au sort. Le premier avait pour but de choisir le jour de la semaine, le second, un mois (il indiqua que le mois d'Adar était un moment favorable pour mener à bien les plans d'Haman) et le troisième de déterminer le jour du mois (le sort désigna le 13). La première consultation apparaît néanmoins superflue : si le jour et le mois étaient désignés, le jour de la semaine serait alors obligatoirement connu. Peut-être Haman voulait-il tester sa chance et voir si ses différents tirages au sort coïncidaient. Pourtant le fait que celui du jour de la semaine fût le premier indique que, pour lui, il était crucial de savoir quel jour serait choisi dans le cycle hebdomadaire.

Les horloges de la nature

Un rapide coup d'œil à notre calendrier montre que nous mesurons le temps avec ce qui semble être une manière bizarre et peu pratique. Pour distinguer une certaine date, nous nous référons à la fois au cycle hebdomadaire de sept jours et au cycle lunaire de vingt-neuf jours et demi (qui donne alternativement des mois de vingt-neuf ou de trente jours), deux systèmes qui n'ont aucune relation l'un avec l'autre. Ainsi, si un certain jour d'un mois donné tombe un Chabbat, une année, il peut être un lundi l'année suivante; un mois peut avoir une année quatre vendredis et cinq vendredis l'année suivante. Pourquoi ne pas employer un système qui placerait nos jours dans un contexte unique et uniforme?

Mais le temps lui-même fut désigné pour être vécu de cette manière. La Torah relate que lorsque D.ieu créa le soleil et la lune, Il décréta qu' "ils serviront de luminaires dans le ciel…et de signes, de temps, de jours et d'années". En d'autres termes, la pratique humaine qui consiste à établir le temps en fonction des mouvements du soleil et de la lune n'est pas le fruit d'une simple coïncidence mais intrinsèque au dessein de leur création. L'une des raisons pour lesquelles D.ieu plaça le soleil et la lune dans les cieux est que l'homme s'en trouve guidé dans son calcul du temps. C'est pourquoi nous avons deux formules temporelles distinctes: le temps lunaire qui nous permet d'établir nos mois et le temps solaire qui nous donne le jour, la semaine (le jour solaire multiplié par sept) et l'année. Si tous deux ne s'écoulent pas de façon similaire, c'est parce qu'ils sont réellement des niveaux d'expérience différents et non synchronisés et doivent être intégrés comme tels dans nos vies.

Le temps lunaire est fluctuant, marqué par des déclins rapides et des résurgences impressionnantes. La lune commence son cycle comme un petit croissant de lumière dans notre ciel, puis elle grandit régulièrement et se remplit jusqu'à atteindre tout son potentiel lumineux. Enfin elle commence à diminuer, sombrant finalement dans l'oubli pour renaître et s'embarquer dans une nouvelle ascension vers la plénitude.

Par opposition, le soleil est un rempart de stabilité et de régularité. Quoi de plus sûr que son lever quotidien à l'est? Il ne manque jamais un jour et est de toujours de même taille. Quoi de plus stable que l'horloge annuelle des saisons avec un calendrier qui varie si peu entre 365 et 366 jours? (L'année "lunaire", elle, présente six longueurs différentes: 353, 354, 355, 383,384 ou 385 jours). Et enfin, quoi de plus régulier qu'une semaine de sept jours? Instituée à la création, elle s'écoule en règle à travers le temps, ignorant les phases lunaires, les inclinaisons solaires selon les saisons et même les rares éclipses du soleil. Sept levers du soleil et sept couchers du soleil forment une semaine, et c'est ainsi.

L'homme vit selon ces deux horloges. Le temps lunaire est l'élément variable de la vie ; nos hauts et nos bas, nos échecs et nos retours, notre aptitude au changement et à la renaissance. Le temps solaire est l'élément immuable de notre vie, ce qui a toujours été et sera toujours, comme l'indiquent les lois de la nature et de l'histoire.

Le temps juif

"Le peuple d'Israël, disent nos Sages, est analogue à la lune. Il compte selon la lune et son destin est de se renouveler comme la lune"

Le peuple d'Israël compte selon la lune : notre calendrier, essentiellement lunaire, voit le mois naître, s'élever, diminuer et renaître avec la lune. Le mois juif commence par l'apparition de la nouvelle lune dans le ciel, atteint son apogée avec la pleine lune, au quinze du mois, le jour où la qualité spécifique du mois est la plus manifeste et la plus lumineuse, puis décline pour renaître avec la lune.
Le temps juif est lunaire car les Juifs constituent la lune de la création. L'histoire juive appartient exclusivement à l'élément lunaire de la réalité: c'est une histoire d'ascensions et de déclins, de défaites apparentes suivies de renaissances glorieuses. C'est une saga qui défie toutes les lois de la nature et toutes les règles de l'histoire, dans laquelle chaque vérité "testée par le temps" est arrachée à ses amarres et renversée.
Haman pensait pouvoir détruire cette nation invincible en mettant l'emphase sur l'élément solaire de la réalité. " Ces gens constituent une anomalie, disait-il, une forme de vie déviante qui ne peut survivre que dans folie du temps lunaire. Faîtes apparaître le soleil et ils disparaîtront de la face de la terre. Les lois de la nature ne permettent simplement pas à "un peuple distinct et singulier" de rester ainsi "dispersé et divisé parmi le nations"; les lois de l'histoire dictent qu'une nation éloignée de sa terre natale et de son cœur culturel ne peut survivre longtemps."
Ainsi Haman pensa-t-il établir au préalable la date de l'annihilation d'Israël dans le cœur même de la semaine, pour appuyer ses prétentions dans le cadre du temps solaire. Et seulement alors, sentait-il, il devrait prendre le risque de les défier dans leur propre domaine : le temps lunaire. Aussi choisit-il un mois et le jour du mois de leur destruction.

Un soleil plus haut

Haman dut être surpris par les résultats de ses tirages au sort. Comme le relate le Midrach, son tirage des jours de la semaine ne donna aucun jour de mauvais augure pour les Juifs. Par ailleurs, dans son second tirage, le mois d'Adar apparut comme un moment de malchance pour Israël (bien qu'en dernier ressort, le signe qu'Haman interpréta comme auspice de la chute d'Israël s'avéra précisément être le secret de sa rédemption). Son exploration de la réalité solaire, dans laquelle il se sentait plus sûr du succès, se montra infructueuse alors que la réalité lunaire, où Israël régnait en maître, lui des indices.

En réalité, pourtant, le seul domaine où Haman pouvait défier le peuple d'Israël était celui qui appartenait à la lune. Ici il pouvait espérer les attraper dans un moment de faiblesse de leur cycle oscillatoire. Au niveau solaire, ses plans étaient voués à l'échec dès le départ.
Ce qu'Haman manqua de réaliser est qu'il existe un soleil supérieur à celui qu'il connaissait, une loi de la réalité supérieure à celles de la nature et de l'histoire. Une loi qui décrète: "quelles soient les circonstances, ils sont Mes enfants" ; qu'"il est impossible pour Moi de les échanger contre un autre peuple"; qu'au-delà des vacillations de notre voyage lunaire à travers le temps existe une constante solaire qui dépasse toutes les autres constantes solaire ; le lien éternel et immuable entre D.ieu et Son peuple.
Le Coin de la Halacha
Le coin de la Hala’ha

Qu'est-ce que le 'Hametz ?

Durant Pessa'h, on n'a le droit ni de posséder ni de consommer du 'Hametz. Il faudra donc avant le vendredi 22 avril 2005 se débarrasser de tout aliment à base de céréale fermentée comme par exemple : le pain, les céréales, les pâtes, les gâteaux, certains alcools, médicaments et produits d'hygiène.
C'est pourquoi on a coutume de bien nettoyer la maison, le magasin, le bureau, la voiture etc... avant Pessa'h, afin d'éliminer toutes les miettes.
Pour éviter de posséder, même involontairement du 'Hametz à Pessa'h, on remplira une procuration de vente, qu'on remettra à un rabbin compétent. Celui-ci se chargera alors de vendre tout le 'Hametz à un non-Juif. Cette procuration de vente peut être apportée au rabbin ou lui être envoyé par courrier, fax ou Internet et devra lui parvenir au plus tard la veille de Pessa'h, cette année jeudi 21 avril 2005.
Il n’est pas nécessaire d’avoir terminé tout son ménage pour dresser la liste de ce qu’on envisage de vendre.
Durant tout Pessa'h, on mettra de côté dans des placards fermés à clé tout le 'Hametz et la vaisselle 'Hametz qu'on n'utilisera pas durant Pessa'h mais qu'on pourra « récupérer » une heure après la fête qui se termine dimanche soir 1er mai 2005 à 21 h 59.

F. L.
De Recit de la Semaine
POURIM AVEC LE BAAL CHEM TOV

Passer Pourim à Medziboz, auprès du Baal Chem Tov !
Ce n’était pas simplement un repas de fête, ni l’intense esprit de camaraderie qui régnait parmi les milliers de ‘Hassidim réunis auprès de leur Rabbi, ni même la sincérité et la joie avec lesquelles chaque Mitsva de la fête était accomplie. C’était bien plus que tout cela à la fois, c’était surtout le bonheur d’écouter les enseignements profonds de la ‘Hassidout révélée par Rabbi Israël Baal Chem Tov.
Chaque année, il expliquait la personnalité d’Haman, l’ennemi séculaire du peuple juif et son ancêtre Amalek, petit-fils d’Esaü. « Amalek a la même « Guematria » (valeur numérique) que « Safek », le doute. Il représente la confusion, il pose des questions sur D.ieu et Son omnipotence dans nos vies, aujourd’hui, déclarait le Baal Chem Tov. Nous devons complètement annuler le souvenir d’Amalek dans notre relation à D.ieu, nous devons avoir une confiance totale, joyeuse et sincère en notre Créateur ! »
Ce Pourim-là, le Baal Chem Tov appela un jeune garçon, Chaoul, le fils de Rav Meïr Margolis de Lembourg. Chaoul n’avait que cinq ans, mais possédait une voix extraordinaire. « Chaoul, lui dit le Rabbi, chante pour nous ! Montre-nous comment nous rapprocher sincèrement et joyeusement de D.ieu ! »
Chaoul entonna alors « Chochanat Yaakov », le refrain qu’on chante après la lecture de la Méguila, le rouleau d’Esther. Au fur et à mesure qu’il chantait, les ‘Hassidim se sentaient transportés dans un autre monde, dans lequel nul doute ne subsiste, un monde si simple, si joyeux et si confiant. Le Baal Chem Tov demanda alors au père de Chaoul de bien vouloir laisser l’enfant à Medziboz pour Chabbat : l’enfant enchanté rassura son père, il se comporterait bien et ne pleurerait pas.
Le Chabbat se passa normalement et, après la cérémonie de Havdala, le Baal Chem Tov demanda à deux de ses ‘Hassidim de monter avec lui dans le chariot pour ramener l’enfant à ses parents.
En route, le petit groupe s’arrêta dans une auberge. A l’intérieur, les paysans s’étaient réunis pour chanter des airs folkloriques et s’amuser. Le Baal Chem Tov entra dans la pièce, frappa dans ses mains et dit d’une voix forte : « Silence ! » Surpris, les paysans se turent instantanément !
« Voulez-vous entendre ce qu’est un vrai chant ? » demanda le Baal Chem Tov. Il appela Chaoul, le mit debout sur une chaise et lui dit de chanter « Chochanat Yaakov ». Malgré le décor inhabituel pour ce genre de prestation, Chaoul obéit et chanta de façon encore plus merveilleuse qu’il ne l’avait fait dans la synagogue de Medziboz. Quand il termina, même les paysans les plus ives avaient dans les yeux une leur d’admiration et de respect.
Le Baal Chem Tov s’approcha alors de trois garçons qui jouaient dans un coin : « Comment vous appelez-vous ? » Ils répondirent l’un après l’autre : « Ivan », « Stephan » et « Anton ».
« Avez-vous apprécié la façon de chanter de mon ami Chaoul ? » demanda le Baal Chem Tov.
Les garçons hochèrent la tête.
« Aimez-vous Chaoul ? » leur demanda encore Rabbi Israël.
Une fois de plus, ils hochèrent la tête en signe d’agrément. « Je voudrais que vous trois, vous vous souveniez toujours du chant de Chaoul et que vous soyez toujours son ami ! » dit le Baal Chem Tov sur un ton amical. Les trois garçons acceptèrent.
Alors le Baal Chem Tov prit la main de Chaoul, fit signe à ses deux ‘Hassidim de le suivre et tous les quatre reprirent la route et ramenèrent Chaoul dans la maison de ses parents.

* * *

Des dizaines d’années plus tard, Chaoul était devenu un riche homme d’affaires très versé dans l’étude de la Torah. Un jour, Chaoul se dirigeait vers sa ville après un voyage d’affaires qui avait été couronné de succès. Il se faisait tard et il devait encore traverser une épaisse forêt avant d’arriver chez lui, juste à l’heure pour écouter la Méguila de Pourim.
Soudain un bandit surgit d’un buisson et s’empara des rênes du cheval. Deux autres voleurs tirèrent Chaoul hors de son chariot et trouvèrent son argent dans ses poches. De tels bandits ne laissaient jamais leur victime en vie. Chaoul supplia qu’on lui laisse le temps de réciter le « Vidouy », la prière de confession. Ses ravisseurs ironisèrent que cela ne l’aiderait pas mais le laissèrent.
Chaoul se mit à réciter les fautes, comme le demande la tradition ; en esprit, il revivait les moments les plus marquants de sa vie, le discours du Baal Chem Tov, quarante ans plus tôt : « Amalek a la même « Guematria » que « Safek » ! Il représente la confusion et le doute par rapport à l’existence de D.ieu et Son action dans notre vie, aujourd’hui. Nous devons totalement éradiquer Amalek de notre pensée et avoir pleinement confiance en D.ieu avec joie et sincérité ». Chaoul décida alors que ses derniers moments dans ce monde seraient empreints de joie et de confiance en D.ieu. Les yeux fermés, il entonna même le chant de « Chochanat Yaakov » que le Baal Chem Tov aimait tant.
Quand Chaoul termina, il ouvrit les yeux et aperçut les trois bandits qui le regardaient, stupéfaits. Il les considéra alors fixement : « Toi, tu es Ivan, n’est-ce pas ? Et toi, tu es Stephan et certainement, toi tu es Anton ! » dit Chaoul en les désignant chacun du doigt.
« Et toi, tu es Chaoul ! Nous avions promis de rester toujours tes amis ! »
Ils lui rendirent tout son argent et l’aidèrent à retrouver son chemin dans la forêt afin qu’il arrive à temps dans la ville pour écouter la Méguila. Pendant tout le trajet, Chaoul parla du Baal Chem Tov, dont les enseignements visaient à établir la paix dans le monde. Les bandits décidèrent alors de se repentir et de devenir des hommes dignes de ce nom, honnêtes et travailleurs.
Encore un miracle de Pourim…

« Le’haïm »
Traduit par Feiga Lubeck