Roch Hachana 2024

Le Choffar

Au coeur de la célébation et au tréfonds de nos êtres retentit le son puissant du Choffar. L'entendre, recevoir en nous son cri, est la mitsva fondamentale du jour. Les sonneries (qui n'ont lieu que le second jour si le premier est un Chabbat) sont une ordonnance de la Torah. Elles peuvent être accomplies depuis le lever du jour jusqu'à son coucher. A la synagogue, elles ont lieu avant et pendant la prière du Moussaf cette année le premier et second jour de Roch hachana, jeudi 3 octobre et vendredi 4 octobre 2024.
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Le Choffar est fait d'une corne d'animal naturellement creuse. On utilise, en règle générale, une corne de bélier pour rappeler le souvenir de l'animal offert en substitution au sacrifice d'Isaac (Genèse 22-13). Le son rude et strident qui en jaillit nous appelle à retourner vers D.ieu. Il est aussi un appel à combattre ce qui, en nous, veut s'opposer à l'aspiration profonde au retour, un appel à vaincre la trivialité de nos rouctines.
Selon une explication de Rabbi Saadya Gaon souvent reprise par la tradition 'hassidique, on avait jadis coutume de sonner d'une corne d'animal lors du couronnement d'un roi. Ainsi, par le son du Choffar proclamons-nous la royauté de D.ieu. Du reste, le sens profond de cette proclamation transparaît de la forme même de ce rustique instrument : on en souffle par l'extrémité étroite, le son s'en élève par le côté large. C'est là l'image de l'effort humain qui, dans un premier temps, s'accomplit alors que la Royauté divine est voilée, quasiment imperceptible. Par la vertu de cet effort est affirmée cette Royauté. Elle prend, si l'on peut dire, forme à nos yeux, "grandit" et se révèle dans la concrétude du monde. "J'ai invoqué l'Éternel dans l'étroitesse, dit le psaume, Il m'a exaucé dans la largesse".

Le cri du Choffar

La sonnerie du Choffar écarte tous les accusateurs spirituels qui, le jour de Roch Hachana, se présentent devant D.ieu afin de demander un jugement sévère pour les hommes. Au moment où il retentit et où chacun l'écoute, D.ieu choisit d'entendre l'appel de Ses enfants et de repousser cette demande..
A propos de Roch Hachana, le Talmud enseigne : « La Mitsva du jour, c'est le Choffar ». En effet, c'est bien l'acte le plus important de la journée et chacun y est tenu. Nos Sages nous en donnent la raison. Ils nous disent que le but général de la célébration est de « couronner D.ieu comme notre Roi » et que cela est réalisé par la sonnerie du
Choffar. C'est là une idée étonnante. S'il s'agit d'une sorte de cérémonie de « couronnement », on aurait pu avoir recours à des instruments plus complexes et plus mélodieux que cette simple et primitive corne de bélier.
C'est précisément cette simplicité-là qui est cependant recherchée. Le son du Choffar est comme un cri, un appel et celui-ci provient du plus profond du coeur de chacun. Si ce cri était articulé, les mots qu'il formerait seraient : « Père, Père, sauve-moi ! » C'est ainsi que chacun s'adresse à D.ieu. Il sait que ses actes n'ont pas été à la hauteur de ce qu'il espérait. Il sait aussi qu'il lui appartient de revenir à D.ieu de toute son âme. Il sait enfin que D.ieu est
comparable à un Père qui n'attend que l'appel de son enfant pour se tourner vers lui et répondre à sa demande. Aussi, le Choffar est cet appel qui brise les barrières élevées par les erreurs des hommes et parvient jusqu'au plus haut.
Le Baal Chem Tov va plus loin encore. Il précise que ce qui compte ici, ce n'est pas le sens du cri que le Choffar fait retentir mais l'existence même du cri. Tel un enfant qui appelle son père, chacun sait que D.ieu l'entendra, non parce qu'il présente sa demande avec conviction ou élégance, mais d'abord parce que son cri exprime le plus profond de son âme. Par ce son, chacun se lie à l'essence divine et abat ainsi tout ce qui peut encore le séparer de son Père Qui n'attend que le moment d'effacer les fautes commises et d'accorder la meilleure des années.

shoffar