Samedi, 21 octobre 2023

  • Noa’h
Editorial

 La lumière vaincra !

C’est au cœur de la joie que la tragédie a frappé Israël. C’est au cœur de l’espoir au quotidien et de la paix de tout un peuple que la barbarie a déferlé. Il n’y a pas ici de grille de lecture politique, militaire ou diplomatique. La seule vision possible de tels événements, c’est celle d’une horde inhumaine aspirant à détruire toute humanité, en elle-même et dans ses victimes. Alors que nous sortons à peine des fêtes et que, dans cette période, nous avons coutume d’évoquer le nécessaire retour au monde et à ses préoccupations, encore pleins de l’élévation ressentie pendant le mois de Tichri, voici qu’à présent il nous revient de suivre un drame sur lequel nous n’avons matériellement guère de prise. Est-ce à dire que cela ne nous concerne que de loin ? En aucun cas. Il est clair qu’en tant qu’être humain on ne peut qu’être horrifié par la sauvagerie qui s’est ici déployée. Il est clair aussi qu’en tant que Juifs, ces atrocités nous rappellent ces temps où on tuait les Juifs parce qu’ils l’étaient.

Mais au-delà de ces rappels, au-delà aussi de l’émotion, nous ne pouvons rester sans agir. Nous devons, d’une manière ou d’une autre, prendre part à ce combat qui est également celui de la lumière contre l’obscurité, du Bien contre le mal. Et parce que ce combat est essentiel, il possède très clairement une dimension spirituelle. C’est celle-ci qui nous concerne. Souvenons-nous : lors d’épreuves précédentes, notamment à l’époque de la guerre de Kippour, en 1973, le Rabbi appela avec force et à de multiples reprises à utiliser ces ressources fondamentales que sont l’étude de la Torah et la pratique de ses commandements. En termes concrets, ajouter à ses prières la lecture de quelques Psaumes, mettre les Tefiline, ajouter une pièce à la Tsedaka, tout cela constitue des actes qui transforment les choses. Parce qu’ils sont des gestes de justesse et de bonté, ils ont le pouvoir de rétablir ces valeurs dans notre monde.

Et comment ne pas penser à l’impérative unité ? Quand les hommes se divisent, tout peut arriver car, en se séparant de l’autre, c’est une partie de soi-même que l’on perd. Le peuple juif est décrit par les Sages comme « un seul grand corps ». Sans doute est-ce aussi pour cela que les épreuves dont nous sommes témoins nous touchent si profondément. Mais cela n’est pas une faiblesse. Bien au contraire, c’est une force immense ; ensemble, nous pouvons littéralement soulever des montagnes. L’espoir de chacun est la paix et nous savons que nous y parviendrons car la nature de la lumière est de toujours chasser la nuit. Puissions-nous, par nos actions, réaliser cette œuvre éternelle très rapidement.

Etincelles de Machiah

 Une œuvre parfaite

Pendant le temps de l’exil, l’offrande de sacrifices est impossible du fait de l’absence de Beth Hamikdach. Certes, les Sages ont instauré les prières en remplacement de ces cérémonies. Cependant, un tel remplacement est, semble-t-il, imparfait comme l’exprime la liturgie : « Et là, (dans le Beth Hamikdach, après la venue de Machia’h) nous ferons devant Toi… Selon l’ordre de Ta volonté ».

C’est précisément cette idée qui pose question. L’œuvre spirituelle accomplie par la prière est supérieure à celle des sacrifices, la première s’attachant à l’âme de l’homme tandis que la seconde porte sur son aspect animal. Pourquoi, dès lors, souligner l’importance primordiale des sacrifices ?

En fait, l’impossibilité d’offrir un sacrifice en temps d’exil a également un sens spirituel : comme l’homme est attaché « en bas », il n’a pas la force d’élever « l’animal » et doit se contenter d’agir sur l’âme par la prière. En revanche, lorsque le Machia’h viendra, l’homme parviendra à la plénitude et son œuvre pourra englober tous les aspects.

(d’après Torah Or, Vaye’hi 46b)

Vivre avec la Paracha

 NOA’H

Dans un monde consumé par la violence et la corruption, D.ieu s’adresse au seul homme juste et lui demande de construire une Téva (« arche ») pour se protéger (ainsi que sa famille et des couples de chaque espèce animale) du déluge qu’Il va déverser sur la terre.

Après quarante jours et quarante nuits de pluie et cent cinquante jours d’accalmie, la Téva se pose sur le Mont Ararat. Noa’h constate que la terre a complètement séché, (trois cent soixante-cinq jours après le début du Déluge) et il obéit à l’ordre de D.ieu de sortir de l’arche et de repeupler la terre.

Noa’h construit un autel et offre à D.ieu des sacrifices de gratitude et D.ieu jure de ne plus jamais détruire l’humanité. Il fait naître un arc en ciel comme signe de cette nouvelle alliance.

D.ieu donne également à Noa’h sept lois destinées à l’humanité entière.

No’ah, devenu vigneron, est ennivré par l’alcool. Deux de ses fils, Chem et Yaphèt sont bénis pour l’avoir recouvert dans sa nudité, le troisième ‘Ham est puni de lui avoir manqué de respect.

Les descendants de Noa’h défient le Créateur et construisent une tour, à Babel, pour affirmer leur invincibilité. D.ieu mêle alors tous leurs langages si bien que, faute de se comprendre, ils abandonnent leur projet et s’éparpillent sur la terre, se séparant en soixante-dix nations.

La fin de la Paracha Noa’h énonce la chronologie des dix générations séparant Noa’h d’Avram et le voyage de ce dernier depuis son lieu de naissance Our Kasdim, vers ‘Haran, sur le chemin de la terre de Canaan.

 

Pourquoi une arche ?

Noa’h et sa famille furent les seuls survivants de l’événement le plus dévastateur du monde. Le monde entier fut englouti dans un Déluge qui décima toute créature vivante. Cependant, Noa’h, parce qu’il était un juste, et toute sa famille furent épargnés. D.ieu l’avait enjoint de construire une arche pour l’abriter lui et sa famille ainsi que des spécimens de toutes les espèces animales.

D.ieu aurait pu épargner Noa’h de bien des manières. Pourquoi choisit-Il de le sauver par l’intermédiaire de la construction d’une arche ? D.ieu aurait pu, par exemple, faire en sorte qu’un espace soit protégé des eaux dévastatrices du Déluge !

Nos Sages relatent que Noa’h passa 120 ans à construire l’arche ! Le but de ce projet à long terme était de soulever la curiosité des gens. Quand ils demandaient à Noa’h pourquoi il construisait cette arche, il répondait : « D.ieu est sur le point de détruire le monde par un déluge. » Il espérait ainsi les influencer à se repentir.

Cependant, cette explication soulève une autre question. D.ieu n’a-t-Il pas de moyen, pour influencer les gens à s’amender, que de leur permettre d’observer un vieil homme construire son arche ? Et si nous observons les résultats de cette approche, ils ne sont pas très encourageants ! Pas une seule personne ne changea son comportement ! Dans le cas inverse, d’autres individus auraient rejoint Noa’h dans son arche.

Il semble qu’il puisse donc y avoir d’autres raisons pour justifier le choix de l’arche comme moyen de sauvetage de Noa’h.

Pénètre dans le monde !

Le Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique, note que le mot hébreu pour « arche » est « Téva » qui peut également se traduire par « mot ». Car tout comme une arche est un « contenant », les mots sont également les contenants des pensées.

Le Baal Chem Tov utilise cette analogie (« le mot » désigne « l’arche ») de façon approfondie. Tout comme l’arche sauva Noa’h des eaux rageuses du Déluge, quand on pénètre dans « certains » mots, on peut y trouver un refuge des eaux turbulentes qui nous entourent et menacent de nous engouffrer.

Le Baal Chem Tov poursuit : les mots qui peuvent nous sauver des eaux rageuses du Déluge sont les mots de la Tefila (« prière ») et de l’étude de la Torah.

Les eaux du Déluge symbolisent la multitude des préoccupations, des soucis et des difficultés que nous rencontrons chaque jour dans notre quête de subsistance. Le seul moyen pour apporter un peu de raison et de sérénité dans notre vie n’est pas seulement de consacrer du temps à la prière et l’étude de la Torah mais également de « pénétrer » dans le monde (l’arche). Offrons-nous le luxe d’être enveloppés et entourés des mots apaisants, inspirants et stimulants de la Tefila et de la Torah.

Utopie !

On peut évoquer ici encore une approche différente pour expliquer l’arche.

Elle représentait le modèle du monde utopique qu’était celui du début de la création lorsqu’Adam et ‘Hava résidaient dans le Gan Éden (« le Jardin d’Éden ») et que nous expérimenterons à l’Ère Messianique. Dans cette arche, les hommes, les carnivores et toutes autres créatures coexistaient. La prophétie selon laquelle « le lion cohabitera avec l’agneau », et d’autres dans le même esprit, se réalisaient littéralement dans l’arche de Noa’h.

Le but de l’existence est de parvenir à cet âge de perfection. C’est la raison pour laquelle quand D.ieu créa le monde, Il plaça les premiers humains, Adam et ‘Hava, dans le Gan Éden. En dépit du fait qu’ils finirent par en être expulsés, cela nous montra l’idéal auquel l’humanité doit aspirer : restaurer le monde pour le faire revenir à son état originel paradisiaque.

Quand D.ieu décida de détruire le monde, les survivants auraient pu entretenir la pensée que le « Nouvel Ordre du Monde » n’inclurait pas le retour du Paradis. Peut-être ne faudrait-il pas se donner des buts si ambitieux.

En commençant le Déluge par une arche, la réplique du Paradis, quand bien même le monde subit sa destruction virtuelle, D.ieu nous indiquait une fois encore que le but ultime est de faire jaillir l’esprit d’unité, de paix et de sainteté qui régnait dans l’arche.

Le but du Paradis sur terre n’a pas changé

La leçon pour aujourd’hui est évidente. Après 2000 ans d’exil et de souffrance, et tout particulièrement, plus récemment, la Shoah, certains peuvent entretenir la conception que les espoirs et les rêves du Peuple juif sont peut-être trop insaisissables. D’autres, par ailleurs, peuvent estimer qu’il faut diminuer nos attentes et se contenter d’espérer et de prier pour une paix relative.

La leçon de l’arche paradisiaque nous enseigne qu’il ne nous faut jamais abandonner notre espoir d’un monde meilleur, d’un monde de paix et d’unité, le type du monde prédit par la Torah après l’expérience difficile et souvent douloureuse de la Diaspora.

Quelle que soit l’intensité de l’agitation, le plan de D.ieu pour l’Ère du Machia’h d’un véritable monde de paix n’a pas changé. Il nous revient de rester concentrés sur le but et de l’atteindre, en intensifiant notre étude de la Torah et notre pratique des Mitsvot.

Le Coin de la Halacha

 Quelles sont les « Sept Lois des Enfants de Noé » ?

Après le déluge, Noé et ses enfants reçurent de D.ieu sept lois à appliquer universellement afin que plus jamais le monde ne connaisse pareille catastrophe.

Lors du don de la Torah sur le mont Sinaï, D.ieu répéta ces lois que les Juifs ont donc l’obligation d’enseigner aux non-Juifs quand ceux-ci manifestent le désir de les connaître. Si un non-Juif apprend les détails de ces lois et les applique, non pas parce qu’il les trouve logiques et bénéfiques mais pour obéir à D.ieu, il est considéré comme un « Juste des Nations ».

1) Croire en D.ieu, placer sa confiance en Lui et ne pas adorer d’idoles.

2) Ne pas blasphémer le Nom de D.ieu, Le respecter et Le louer.

3) Ne pas tuer, respecter la sainteté de la vie humaine.

4) Ne pas commettre d’adultère ou toute autre relation interdite ; respecter la sainteté du mariage.

5) Ne pas voler, respecter les droits et la propriété d’autrui.

6) Ne pas consommer la chair d’un animal vivant : éviter la cruauté envers les animaux.

7) Etablir des cours de justice et respecter leurs décisions.

Par ailleurs, au cours des générations, les nations ont adopté d’autres lois :

- Respecter les parents.

- Donner la charité.

- Offrir des sacrifices dans le Temple de Jérusalem.

- Prier.

Ces lois comportent de multiples détails qu’il convient d’étudier minutieusement et de réviser souvent, en particulier à la fin du Michné Torah du Rambam (Maïmonide).

Si toutes les nations du monde se conformaient strictement à ces lois, le monde se porterait beaucoup mieux. Nombre de non-Juifs s’y sont déjà engagés.

 (d’après « The Path of the Righteous Gentile » - Clorfene et Rogalsky)

Le Recit de la Semaine

 Kampala, vous connaissez ?

Kampala est la capitale de l’Ouganda, un pays d’Afrique de l’est, la « perle de l’Afrique » d’ailleurs, célèbre pour ses mines, ses forêts, ses lacs, ses crocodiles et sa végétation verdoyante et pour avoir été proposé par les nations en guise de « foyer national » pour les Juifs opprimés en Russie lors d’un congrès sioniste au début du 20ème siècle (et refusé car rien ne peut remplacer la terre d’Israël…). Célèbre aussi pour la prise d’otages des passagers juifs d’un avion d’Air France en 1976, courageusement délivrés par des soldats israéliens lors d’un audacieux raid aérien.

Dernièrement, l’Ouganda s’est doté d’une nouvelle structure avec l’arrivée d’un couple de Chlou’him, émissaires du Rabbi de Loubavitch, Rav Moché Raskin et son épouse Yo’héved, bien décidés à aider les Juifs sur place (touristes, hommes d’affaires, habitants) à mieux vivre leur judaïsme.

« Juste avant Roch Hachana, j’ai reçu un mail d’Elie. Bien que je le connaisse depuis longtemps, il n’avait jamais manifesté un intérêt particulier pour nos programmes.

- As-tu des Téfilines à vendre ? demandait-il.

- Je peux t’en commander, si tu veux. Je vais me renseigner sur le prix et je te tiens au courant.

En quelques clics sur mon téléphone, je trouvai quelqu’un qui disposait de Téfilines à vendre ; j’envoyai à Elie la photo et lui demandai à qui ils étaient destinés.

- Pour moi, répondit-il par mail. Je t’expliquerai plus tard.

Quelques jours plus tard, le précieux chargement arriva en Ouganda. Je prévins Elie et me rendis chez lui :

- Alors ? Tu m’as promis une explication…

- Bon. Tu le sais, je n’ai pas été élevé dans une famille très pratiquante. Mes parents célébraient quelques fêtes et, de temps en temps, nous avions droit à un repas spécial le vendredi soir. Mais c’était tout. Le judaïsme n’avait pas beaucoup d’importance dans mon enfance et encore moins quand j’ai quitté la maison pour le vaste monde. Mais maintenant, après avoir passé plusieurs années au loin, dans un pays où il y a si peu de Juifs, je ressens le besoin de comprendre quelle est ma place. Et plus je réfléchis, plus je réalise la vérité. Je suis juif. Le fait d’être israélien ne signifie pas grand-chose pour moi et ma généalogie encore moins. Je revendique ma judaïté ! Justement ici, dans cet environnement si peu propice !

Cette déclaration passionnée pourrait sembler incongrue si on considère le peu de fois que nous avons compté Elie avec nous dans les événements que nous avions organisés à Kampala et la froideur qu’il avait manifestée à chaque fois. Même si son étincelle juive semblait être profondément enfouie en lui, elle existait et avait soudain rejailli avec force :

- J’ai l’impression de comprendre ce que tu nous avais expliqué quant aux maillons de la chaîne, continua Elie en relevant la tête. Je me sens lié à quelque chose de plus grand que moi et je ne peux plus l’ignorer. C’est pour cela que j’ai ressenti le besoin de mettre les Téfilines. Crois-moi si tu le veux mais ces pensées n’ont cessé de me hanter depuis la dernière fois que nous nous sommes parlé.

Elie ouvrit le sac en velours brodé et déplia les lanières avec un grand respect. Je l’ai aidé à mettre les Téfilines pour la première fois depuis sa Bar Mitsva…

Maintenant, Elie met les Téfilines tous les jours ; la marque des lanières de cuir sur son bras proclame sa fierté de son héritage.

J’aurais pu être découragé par l’accueil glacial d’Elie les premières fois que je l’avais rencontré. J’étais loin de me douter de l’impact de nos discussions. Mais nous ne pouvons jamais savoir combien une simple discussion et même notre simple présence et l’exemple vivant d’un judaïsme décomplexé que nous donnons peuvent affecter notre entourage.

Et qui sait ? Peut-être qu’un jour l’exemple d’Eli mettant les Téfilines à Kampala affectera d’autres Juifs autour de lui. Il sera alors lui aussi devenu – comme mon épouse et moi-même – l’exemple à suivre.

Même au cœur de l’Ouganda…

Moché Raskin - COLlive

Traduit par Feiga Lubecki